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Saints de Glace : plus aucun risque de gelées

Par Quentin PERCEROU, rédacteur

Les Saints de Glace 2019 se sont produits les 11, 12 et 13 mai dernier avec quelques faibles gelées blanches dans le nord-est. Un dernier Saint de Glace est fêté le 25 mai, Saint Urbain, dans les régions du nord-est... Y a-t-il encore un risque de gelées tardives ?

Cela fait 8 ans qu'il n'a pas fait aussi froid lors de la période des Saints de Glace : pour retrouver des températures d'à peine 0°C (comme c'était le cas très localement dans le nord-est entre ce dimanche 12 et lundi 13 mai), il faut remonter à 2011.

Ces prochains jours, les températures remontent et atteignent des niveaux de saison. Il n'y aura donc plus aucun risque de gelées sous abri, en plaine, jusqu'au dernier Saint de Glace le 25 mai. Les jardiniers peuvent donc désormais effectuer leurs plantations sans crainte.

Les origines des Saints de Glace

Issus d’une vieille croyance populaire européenne, les Saints de Glace (et non "Saintes Glaces") sont fêtés chaque année les 11, 12 et 13 mai. 

Il faut remonter en 470 de notre ère pour comprendre les origines de cette croyance. A l'époque, l'archevêque de Vienne ou saint Mamert, institue les Jours des Rogations à partir du 11 mai. Ces journées ont pour objectif de prévenir le risque de catastrophe pour les cultures par diverses prières et processions autour des sites agricoles pendant trois jours. Les saints fêtés le 12 mai et 13 mai sont saint Pancrace et saint Servais. Ils se trouvent alors associés à saint Mamert et ils forment à eux trois les fameux Saints de Glace.

Depuis, les agriculteurs des régions du Nord de la Méditerranée imploraient saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais de protéger les plantations de la baisse des températures et du gel qui survenaient généralement à cette époque. Il pouvait en effet arriver que les récoltes subissent un gel destructeur, survenant de manière plus ou moins brutale, dans les zones montagneuses jusqu’à fin mai. Au-delà de cette période, à partir du 26 mai, on considère généralement que les jardiniers peuvent commencer à semer et planter sans craindre un coup de froid fatal. Les régions les plus septentrionales (notamment l'Alsace, où les gelées sont généralement plus tardives) ont ajouté également les 19, 20 et 25 mai. 

Saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais ont fini par être associés au froid car leur protection ne s'est pas avérée toujours suffisante pour prévenir les gelées et les dommages aux cultures agricoles.

Aujourd'hui, il est inutile de chercher ces saints dans le calendrier ! Ils ont été remplacés par l'Eglise catholique depuis 1960. En effet, celle-ci ne voulait plus que les saints fêtés soient associés à des croyances populaires dont celles qui visaient à atténuer les inquiétudes autour de l'agriculture. 

Dictons et proverbes associés

De ce risque de gel qui peut être fatal pour les plantations, découle toute une série de proverbes et dictons régionaux tels que :  « Saints Pancrace, Servais et Boniface apportent souvent la glace »  « Quand il pleut à la Saint Servais, pour le blé, signe mauvais. » « Quand la Saint Urbain est passée, le vigneron est rassuré »  « saint Servais, saint Pancrace et saint Mamert font à trois un petit hiver ».

L'explication physique

Cette légende prend sa source au début du deuxième millénaire : une "vague de froid printanier" se manifestait régulièrement au cours du mois de mai dans certaines régions du monde. Les populations du Nord de la Méditerranée avaient observé une chute des températures nocturnes et matinales une fois tous les deux ans à cette époque. 

Les astrophysiciens expliquent l’origine de cette croyance par le fait que vers mi-mars l’orbite de la Terre traverse une zone de l’espace chargée de poussières (constituées de résidus de planètes) qui représente un obstacle aux rayons du soleil. Les effets du soleil sur la Terre seraient alors diminués, ce qui conduirait à une baisse significative des températures. 

De nos jours, il semblerait que celle-ci ait été avancée d’au moins un mois, plutôt dans le courant du mois de mars. Il n’est pourtant pas impossible qu’une vague de froid se produise au mois de mai. En effet, des courants froids venus des hautes latitudes envahissent parfois la France. Ils engendrent une baisse marquée des températures. Sous un ciel dégagé et sans vent, des gelées tardives peuvent alors se développer. 

La légende des Saints de Glace a donc bien un fond de vérité, même si les observations basées sur les dernières années tendent à montrer que le mois de mai s’avère être de moins en moins une période à risque pour les plantations.

Quel lien avec la Lune Rousse ?

La Lune Rousse est un terme bien connu des jardiniers. Elle correspond aussi au risque de gel au printemps, tout comme les Saints de Glace. 

Les jardiniers se basent sur la lunaison qui se produit juste après Pâques. La lunaison correspond à un cycle lunaire, commençant par le premier croissant de lune et s’achevant par le dernier croissant en passant par la pleine lune. Ce cycle dure environ 29 jours. D’où le terme “lune” utilisé dans l’expression “Lune Rousse”.

Cette expression a également une origine météorologique : les nuits sans nuage, où la lune est visible, rend possible les gelées au printemps. Si les gelées se produisent, les jeunes plantations seront abîmées et auront un aspect roussi le matin. Comme si elles avaient brûlé. D’où l’adjectif “rousse” qui vient compléter l’expression de “Lune Rousse”.

Les Saints de Glace se trouvent associés à cette Lune Rousse car ils tombent souvent à la fin de la Lune Rousse, d’autres fois pendant. Cette année, ils se trouveront plutôt au début, la première nouvelle lune après Pâques se produisant le 5 mai.

L’expression “Lune Rousse” n’est donc, en réalité, qu’une période choisie pour parler du risque de gelées calée sur le calendrier chrétien et un cycle lunaire. 

Lune Rousse et Lune de sang  

La Lune Rousse ne désigne donc pas le phénomène d’une lune qui se teinte d’orange, voir de rouge lors d’une éclipse lunaire. Pour ce phénomène astronomique, on parle de lune cuivrée ou rouge (appellation astronomique) ou encore de lune de sang (expression traduite de l’anglais et reprise par l’ensemble des médias). 

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