Froid aux États-Unis, pluies record au sud de l’Europe : le même moteur atmosphérique en cause
Cet hiver 2025-2026 a été marqué par de forts contrastes à l’échelle de l’hémisphère Nord : vagues de froid aux États-Unis et en Scandinavie, tandis que la péninsule Ibérique, le Maghreb et le sud de la France ont subi une succession de pluies, d’inondations et de tempêtes. Ces phénomènes, en apparence éloignés, s’expliquent par une même configuration atmosphérique de grande échelle.
Un hiver coupé en deux à l’échelle de l’Atlantique Nord
Depuis le début janvier, l’hémisphère Nord connaît une répartition très contrastée des anomalies météorologiques. D’un côté, des descentes d’air polaire ont provoqué des épisodes de froid marqués sur l’Amérique du Nord et l’Europe du Nord en raison du décrochage du vortex polaire. De l’autre, les régions situées plus au sud ont vu s’enchaîner des perturbations actives, avec des cumuls de pluie parfois exceptionnels entre la péninsule ibérique et le Maghreb.
Le jet-stream, moteur de cette configuration atypique
Des températures inférieures aux moyennes sur les latitudes tempérées © La Chaine Météo
Le point commun réside dans un jet-stream très ondulant et fréquemment positionné au sud de sa latitude habituelle, repoussé par les hautes pressions nordiques (Arctique et Scandinavie). Cette ondulation a favorisé à la fois les plongées d’air froid vers les moyennes latitudes et la canalisation des dépressions atlantiques vers le sud de l’Europe. Ce type de régime ralentit la circulation atmosphérique, rendant les situations météo plus persistantes, mais pas moins violentes. Les cartes de réanalyses montrent un mois de janvier 2026 plus froid que la moyenne récente aux moyennes latitudes (Amérique du Nord, Eurasie), en même temps que les pressions étaient anormalement basses entre l'Amérique du Nord et l'Europe de l'Ouest. C'est une situation "inversée" par rapport à l'habitude.
Les pressions ont été plus basses sur l'Atlantique entre l'Amérique et l'Europe, signe du rail dépressionnaire © La Chaine Météo
Un rail perturbé durable vers la péninsule ibérique et le bassin méditerranéen
Dans ce contexte, les dépressions suivent un rail quasi fixe entre l’Atlantique et la péninsule Ibérique, parfois alimentées par de puissants conflits entre de l'air très humide subtropical et de l'air beaucoup plus froid provenant de l'Amérique du Nord et balayant l'Atlantique. Cette répétition des épisodes pluvieux et venteux, comme la tempête Kristin, explique la saturation rapide des sols et les inondations en Espagne, au Portugal, au Maghreb et au sud de la France.
Cela ne veut pas dire que la vague de froid aux États-Unis « fabrique » la pluie en Espagne. En réalité, tout part des contrastes entre masses d’air froides et douces, qui façonnent et déplacent le jet-stream. Quand ce jet devient très ondulant, il peut ensuite organiser la circulation : descente d’air arctique vers l’est de l’Amérique du Nord, et, plus au sud, couloir de dépressions vers la péninsule ibérique. Résultat : froid intense d’un côté de l’Atlantique, pluies répétées de l’autre, parce que la même configuration du jet canalise ces échanges nord-sud.
Froid intense au nord, pluies répétées au sud : le rôle clé du jet stream cet hiver © La Chaine Météo
Des études avaient déjà anticipé ce type d'évolution dès 2023
Plusieurs travaux indiquent que ces épisodes simultanés (froid marqué en Amérique du Nord et excès d’eau en Europe) sont associés à cette configuration particulière de la circulation atmosphérique. Une étude de 2023 (1) met notamment en évidence une probabilité plus élevée d’épisodes très humides en Europe de l’Ouest et du Sud lorsque l’est des États-Unis subit une vague de froid, signe d’une organisation à grande échelle.
D’autres recherches (2) rappellent qu’avec le réchauffement climatique, l’atmosphère peut contenir davantage de vapeur d’eau. Lorsque le rail dépressionnaire se met en place, ce surplus d’humidité peut contribuer à renforcer l’intensité des pluies et donc les cumuls, à dynamique égale.
Ce type de configuration n’est pas inédit mais ne se reproduit pas chaque année. En revanche, dans le contexte du changement climatique, des hivers plus contrastés et plus durables pourraient devenir plus fréquents, avec des impacts plus marqués lorsque la circulation atmosphérique se bloque plusieurs jours ou semaines sur un même schéma.
Références
(1) https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2212094722001037
(2) https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1029/2023GL104805