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90 secondes pour le changement climatique : vers la fin du ski sous 1500 m

Cyrille DUCHESNE

Par Cyrille DUCHESNE, météorologue
mis à jour le

Avec 54 millions de journées skieur, la France est la deuxième destination mondiale pour le tourisme hivernal après les Etats-Unis. Mais l’enneigement en montagne se réduit inexorablement sous l’effet de la hausse des températures, qui s’accentue depuis 2010, et les stations situées en dessous de 1500m auront du mal à rester viables économiquement à l'horizon 2050.

Devenu populaire vers la fin du XIXe siècle, le ski alpin s'est rapidement établi comme un loisir favori et un sport exigeant, intégré aux Jeux Olympiques en 1936. Mais avec l'évolution de notre climat, ce sport est menacé dans les stations les moins élevées, nécessitant une transformation de leurs activités et de leur économie.

Les régions de montagne sont plus touchées que les plaines par le changement climatique

Cela s’explique par la réduction progressive des zones couvertes de neige et de glace qui réfléchissent le rayonnement solaire (effet albedo). Elles laissent place à des zones de roches, où la chaleur s’emmagasine au lieu d’être restituée vers l’atmosphère.

À l’échelle des Alpes, l’accroissement des températures annuelles a été de +2°C au cours du XXᵉ siècle alors qu’à l’échelle de la France, il n'a été "que" de +1,4°C.Les glaciers ont reculé de façon spectaculaire, surtout depuis les années 1980. Dans les Alpes, ils ont perdu 70 % de leur volume depuis 1850, dont 10 à 20 % depuis 1980. Cette fonte entraîne des aléas naturels tels que des effondrements glaciaires, des glissements de terrain, des chutes de séracs…Ces 20 dernières années, le permafrost (sol gelé en permanence) a presque disparu en versants sud du Mont-Blanc, en dessous de 3300 m.

Un mois d’enneigement en moins depuis 50 ans dans les Alpes

Dans le massif du Mont-Blanc, la durée du manteau neigeux au sol à moyenne altitude (entre 1200 et 1800 m) a fondu de près d’un mois depuis les années 1970. Cette couche de neige tend à se constituer de plus en plus tard en saison hivernale, et les précipitations se font plus fréquemment sous forme de pluie à basse et moyenne altitude, ce qui réduit la période d’enneigement. Même constat dans les Pyrénées où l’enneigement s’est fortement réduit depuis 50 ans. Dans les Pyrénées centrales, le manteau neigeux a perdu la moitié de son épaisseur.

L'explication de réduction s'explique par la hausse de la température. En effet, une augmentation de +1°C fait remonter la limite pluie-neige de 150 à 200 m d’altitude, ce qui aboutit à une diminution progressive de l’épaisseur du manteau neigeux. Ainsi, avec une hausse de la température d'environ +1°Cau col de la Porte (Savoie), situé à 1300 m d’altitude, la diminution du manteau neigeux observée entre 1990 et 2020 est de l’ordre de 38 cm .

Une activité de sports d’hivers en péril à l’horizon 2050 en dessous de 1500 m

Dasn ce contexte, la majeure partie des projections climatiques réalisées par le GIEC, utilisant plusieurs scénarios de teneur en gaz à effet de serre dans l'atmosphère, indiquent une réduction de la durée d'enneigement de plusieurs semaines à horizon 2050, et une réduction de l'épaisseur moyenne hivernale de 10 à 40 %, en moyenne montagne. Certes la neige de culture est une alternative viable à court terme, car elle permet de pallier le manque de neige naturelle dans un contexte de réchauffement encore limité à +2°C depuis le début du XXᵉ siècle. Mais après 2050, avec un réchauffement qui pourrait dépasser +3°C, cette solution ne suffira plus, et de nombreuses stations seront directement menacées de fermeture.

Un rapport de la Cour des Comptes, publié en février 2024, épingle d'ailleurs l'adaptation des stations françaises au réchauffement climatique. Bien que leur existence soit menacée par la hausse des températures, beaucoup d’entre elles continuent de fonctionner sur le même modèle économique. Mais il y a quelques exceptions. La station de Métabief dans le Jura, avec un domaine skiable entre 1000 et 1400 m, a pris la décision d’arrêter le ski alpin à l’horizon 2030-2035. D’autres ont décidé d’investir dans le développement d'activités en toute saison : accrobranche, tyroliennes, luges sur rails, piscines couvertes, circuits de randonnées, pistes de VTT, etc....

Si ces activités permettent de générer de nouveaux revenus, et aux vacanciers d’avoir une large gamme de loisirs hiver comme été, il n'est pas certains que cela suffise à compenser le manque à gagner associé à la pratique des sports d'hiver. Et pour les touristes de ces stations adeptes de ski, les solutions qui s'offrent à eux dans les années qui viennent ne sont pas légion. Ils n'auront pas d'autre solution que de changer de station pour des domaines au-dessus de 1800 m, ou de se tourner vers d’autres activités sportives.

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