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Sécheresse : après le sud, aggravation au nord. Qu'en sera t-il en mai ?

Par Cyrille DUCHESNE, météorologue
mis à jour le

Au cours de ce printemps 2022, la sécheresse gagne du terrain. Alors que les régions du sud-est (PACA et Corse) ont connu un hiver historiquement sec, le déficit pluviométrique se creuse sur de nombreuses régions, notamment le centre-est et les régions du nord-ouest, entre Bretagne et Hauts-de-France. La Chaine Météo fait un point complet sur la situation hydrologique en France et les perspectives de pluie pour les prochaines semaines.

La France a soif... Le déficit de pluie, qui a déjà concerné l’automne (-15%) et l’hiver (-12%), atteint -35% en moyenne en mars et avril, ce qui ne s’était pas produit depuis 2011. Depuis septembre dernier, seul le mois de décembre a connu un excédent pluviométrique.

Des pluies trop faibles cet hiver pour remplir les nappes phréatiques

Crédit : La Chaîne Météo

La recharge des nappes phréatiques qui se produit entre octobre et avril a été insuffisante cette année en raison de la prédominance des conditions anticycloniques et de la moindre fréquence et activité des perturbations océaniques. Résultat, au 1er avril dernier, 65% des nappes phréatiques avaient un niveau inférieur à la normale, 29% un niveau proche de la normale et seulement 6% un niveau excédentaire.

Crédit : La Chaîne Météo

Les niveaux de nappes étaient particulièrement bas du Poitou-Charentes à la Bourgogne, sur une partie de la Lorraine et dans l'extrême sud-est (PACA et Corse).

La plus grande partie des nappes phréatiques voyaient leur niveau baisser, à l'exception du Languedoc-Roussillon et des Cévennes où les fortes pluies méditerranéennes de mars ont permis d'alimenter en partie les nappes phréatiques.

Des restrictions d'eau précoces dans plusieurs départements

Le faible niveau des réserves en eau souterraines du sol sur certaines régions ont conduit certaines préfectures à prendre des arrêtés pour limiter les usages de l'eau.

Crédit : La Chaîne Météo

Au 29 avril 2022, 11 départements étaient concernés par des arrêtés de restrictions d'eau. Dans les Bouches-du-Rhône, le bassin du réal de Jouques, dans le nord-est du département, est placé en niveau de "crise" (couleur rouge). Cet état de crise correspond au niveau le plus sévère des restrictions d'eau et oblige la suspension de tous les usages non prioritaires de l'eau issue des ressources locales. Des mesures spécifiques existent pour les usages prioritaires et les usages économes de l'eau.

Le déficit de pluie se creuse sur certaines régions du nord et s'atténue un peu au sud

Crédit : La Chaîne Météo

Au cours de ce mois d'avril 2022, certaines régions du sud-est ont vu la sécheresse superficielle s'atténuer un peu. C'est le cas des Alpes-Maritimes et de la Corse où des précipitations copieuses se sont produites en fin de semaine dernière. Dans les Alpes-maritimes, la journée du 23 avril a été la plus pluvieuse depuis le 2 octobre 2020 avec 47 millimètres tombés en moyenne sur le département. En Corse, c'est la journée du 21 avril qui a été pluvieuse. Avec une moyenne de 37 mm, c'est la journée la plus arrosée de l'île de beauté depuis le 28 novembre 2020.

La Provence a été beaucoup moins bien servie. À Marignane il n'est tombé que 12,5 mm le 23 avril ce qui porte à 15,7 mm la pluviométrie mensuelle alors que la normale d'avril est de 54 millimètres. Depuis le début de l'année, le déficit se chiffre à 70%, un record pour cette station des Bouches-du-Rhône. En allant vers l'Occitanie, ce mois d'avril a été plus arrosé. À Albi avec 76 mm, la pluviométrie est proche de la normale (82 mm).

En remontant vers le nord, la sécheresse s'aggrave sur les plaines du centre-est. À Clermont-Ferrand, il est tombé moins de 10 millimètres au mois d'avril et seulement 51 mm depuis le début de l'année, un record de faible pluviométrie pour cette station d'Auvergne. En région lyonnaise, même constat avec seulement 13,6 millimètres depuis le 1er avril et un déficit pluviométrique proche de 60% depuis le début de l'année.

Enfin, les régions du nord-ouest voient également le déficit pluviométrique se creuser. En Bretagne et Normandie, il est proche de 40% entre janvier et avril. Il atteint même 50% pour l'Artois et la région lilloise dans le Nord-Pas-de-Calais.

Une situation météo propice à l'aggravation de la sécheresse au Nord en mai

Crédit : La Chaîne Météo Depuis quelques semaines, la configuration météorologique est atypique sur la France et l'Europe de l'Ouest. Les conditions anticycloniques dominent sur une large moitié nord du continent européen tandis que les dépressions circulent très au sud sur la péninsule ibérique et les pays du Maghreb. Ainsi, la moitié nord du pays reste durablement sous l'influence d'un temps calme et sec avec un flux généralement orienté au nord-est. Au sud, les conditions météo sont plus fluctuantes avec par périodes des remontées d'air instable venues de péninsule ibérique et du sud de la Méditerranée. Des épisodes de pluie ou d'averses se produisent mais les précipitations ont beaucoup de mal à gagner vers le nord puisque les hautes pressions résistent.

Crédit : La Chaîne Météo

Cette configuration météo s'annonce durable et l'on n'envisage pas la moindre pluie significative avant le 8 mai sur un grand quart nord-ouest du pays. Notre tendance à 4 semaines montre que la partie sud du pays devrait rester sous l'influence d'une masse d'air instable en première quinzaine de mai. Au nord, après une semaine faiblement perturbé du 9 au 15, on pourrait rapidement retrouver du beau temps chaud et sec en seconde quinzaine du mois. La tendance va donc dans le sens d'une aggravation de la sécheresse au nord et d'une atténuation dans le sud, même si les précipitations risquent d'être très hétérogènes, au gré des averses orageuses.

Des conséquences déjà visibles dans le domaine agricole

Dans plusieurs régions, l'irrigation a dû être mise en place de manière très précoce pour pallier manque d'eau et à la sécheresse de surface. En Provence, dès la fin de l'hiver, certaines cultures ou semis ont été arrosés. En ce mois d'avril, les maraichers bretons sont inquiets, car dans certains secteurs la pluie n'est pas tombée depuis le 8 avril. Certains ont recours à l'irrigation, ce qui est très inhabituel à cette époque de l'année et entraîne un surcoût. Certains n'ont pas la possibilité d'irriguer leurs parcelles et attendent la pluie avec impatience.

Les céréaliculteurs s'inquiètent, eux aussi, du déficit chronique en eau avec des prévisions de baisse des rendements si la pluie ne revient pas en mai. Les précipitations sont essentielles au moment de l'épiaison du blé, de l'orge et de l'escourgeon.

La suite du printemps sera donc cruciale pour éviter des conséquences trop lourdes sur les usages de l'eau cet été. Cela dépendra aussi beaucoup des températures, car ds coups de chaleur précoces pourraient aggraver une situation déjà critique sur pas mal de régions.

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