Douceur exceptionnelle cette semaine : un risque accru pour la végétation
Après des semaines d’intempéries marquées par les crues, les tempêtes et les avalanches, la France bascule dans une douceur exceptionnelle, avec des températures dignes d’un début mai en plein mois de février. Si cette accalmie est bienvenue, elle n’est pas sans conséquence : la végétation, déjà sortie de dormance, devient plus vulnérable au moindre retour du gel. Dans un contexte d’hivers de plus en plus doux, le risque ne disparaît pas, il change de nature, et pourrait se révéler plus coûteux en cas d’épisode froid tardif.
La Chaîne Météo : ces dernières semaines ont été marquées par une succession d’épisodes météorologiques éprouvants. Le temps semble désormais se stabiliser, mais une douceur remarquable s’annonce. À quoi doit-on s’attendre dans les prochains jours ? Cette douceur est-elle ponctuelle ou durable ?
Cyril Wuest : Effectivement, après les crues et les inondations, les avalanches et les tempêtes Nils puis Pedro, la situation évolue vers un régime plus anticyclonique, permettant une décrue progressive et un temps plus calme. Mais l’élément marquant à court terme, c’est surtout la douceur exceptionnelle attendue mardi et mercredi, avec des températures très élevées pour un mois de février. On parlera de températures dignes de début mai, même si l’on devrait légèrement rester en dessous des records mensuels de douceur pour février.
Cette séquence s’inscrit dans un hiver globalement très doux : à l’échelle nationale, l’indicateur thermique n’est plus repassé sous les normales depuis le 12 janvier. Le pic le plus remarquable de douceur restera bref, concentré sur deux jours et la fin de semaine restera douce, mais de façon plus modérée. Et il semble que cette tendance se prolonge par la suite. L'hiver météorologique qui s'achèvera le 28 février pourrait se terminer +1,7°C au-dessus des moyennes.
De nombreux végétaux sont déjà sortis de leur dormance. Quels sont les risques d’une telle précocité végétative si un épisode froid tardif venait à se produire ?
L'hiver a connu une période froide courte qui bouleverse les cycles végétatifs © La Chaîne Météo
C’est probablement l’un des enjeux majeurs de cette séquence douce.
Avec des températures dignes d’un début mai, la végétation, notamment les arbres fruitiers, a déjà anticipé la reprise de croissance comme si le printemps était déjà installé depuis plusieurs semaines (le printemps météorologique débute le 1ᵉʳ mars). Le problème, c’est que le risque de coups de froid tardifs reste bien réel en mars, voire début avril. Une végétation sortie trop tôt de sa dormance devient beaucoup plus vulnérable au gel, car les bourgeons, fleurs ou jeunes pousses n'ont plus leur coque protectrice hivernale.
En arboriculture notamment, cela peut entraîner des pertes importantes de récolte si un gel tardif survient après cette phase de redémarrage.
Ce type d’hiver, doux avec une courte séquence froide, devient-il plus fréquent avec le changement climatique ?
Oui, clairement. Les rapports récents du GIEC montrent que les hivers en France tendent à devenir plus doux, avec des périodes froides moins longues et moins intenses. Le profil hivernal évolue : on observe davantage de successions de temps doux entrecoupées de brefs épisodes froids.
Paradoxalement, cette évolution augmente le risque pour la végétation. Des hivers plus doux favorisent une reprise précoce de l’activité végétale, ce qui expose davantage les cultures aux gelées tardives. Les épisodes du printemps 2021 ou 2022, avec des dégâts agricoles majeurs liés au gel, en sont de bons exemples.
La raréfaction des froids intenses ne signifie en rien la disparition du risque, bien au contraire. Dans un contexte de douceur précoce comme celui que nous connaissons, la végétation démarre plus tôt et se retrouve physiologiquement moins résistante face à un éventuel retour du gel. Un épisode tardif peut alors provoquer des dégâts amplifiés, tant sur les écosystèmes que sur les cultures. Les températures de mars et d’avril seront donc scrutées avec une attention particulière par l’ensemble de la filière...et par les météorologues de La Chaîne Météo.