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L'année 2019 est la 2e plus chaude jamais enregistrée

Par Quentin PERCEROU, rédacteur

Au cours de l'année 2019, de nombreux indicateurs laissaient présager une année chaude et record. C'est ce qu'a confirmé l'Organisation Météorologique Mondiale ce mardi.

Crédit : La Chaîne Météo

Un constat sans appel. Seule l'année 2016 a été plus chaude que l'année 2019 où de nombreux phénomènes dus à la chaleur ont été constatés de par le monde. On peut penser notamment aux incendies en Australieles canicules records en France et une partie de l'Europe.

Les températures moyennes en 2019 ont été supérieures de 1,1°C par rapport à la moyenne établie avant la Révolution industrielle. Cette information tombe une semaine après le rapport de Copernicus (programme européen de surveillance de la Terre)selon lequel l'Europe a connu son hiver le plus doux.

La France, la Russie et l'Europe ont connu leur hiver le plus doux

La France a connu son hiver météorologique(du 1er décembre au 28 février) le plus doux depuis le début des relevés avec une anomalie de température de 2,7°C par rapport à la moyenne des températures établie sur la période de 1981 à 2010. C’est aussi le cas de Moscou, de la Russie dans son ensemble mais aussi de toute l’Europe selon Copernicus.

Le 1er hiver avec une moyenne positive pour Moscou

En sus du record français, le plus spectaculaire record de cet hiver revient incontestablement à Moscou. Avant la fin de l’hiver 2019/2020, Moscou n’avait jamais rencontré une température moyenne hivernale supérieure à 0°C. 

Jusqu’à cet hiver, le record de l’hiver le plus doux à Moscou remonte à 1961 avec une moyenne des températures de -2,8°C alors que la moyenne des températures sur la période de 1981/2010 est de -6,1°C. Mais c’en est fini de ce record avec l’hiver 2019/2020. En effet, Moscou a enregistré une moyenne des températures positive pour la première fois de son histoire avec 0,2°C. L’anomalie positive par rapport à la moyenne de 1981/2010 est de +6,3°C ! Du jamais vu en près de 2 siècles d’observation. Cela s’est traduit par un record de faible enneigement avec une couche de 11 cm du 31 janvier au 1er février, battant le précédent record de 18 cm de l’hiver 2013-2014.

Ces records s'inscrivent dans un hiver météo 2019/2020 le plus chaud jamais enregistré pour la Russie en 130 ans de données. Hormis le nord-est du pays, les températures ont souvent dépassé les normales de 6 à 8°C pour la majeure partie du territoire. L'ancien record de l'hiver 2015/2016 a été dépassé de 1,3°C. Autant dire une claque...

Si le cas de Moscou est saisissant pour ne pas dire spectaculaire, ainsi que celui de la Russie, l’Europe a aussi connu son hiver le plus chaud avec des statistiques ahurissantes et des conséquences bien visibles.

L’Europe a connu son hiver le plus doux

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Crédit : Copernicus ECMWF

Selon le programme d’observation Copernicus, l’Europe a connu son hiver le plus doux. L’anomalie de température par rapport à la moyenne de 1981 à 2010 enregistre une différence positive de +3,39°C, explosant le précédent record de l’hiver 2015/2016 et ses +2,01°C. Cela s’est traduit dans certains pays et villes d’Europe par de nombreux records.

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Crédit : Copernicus ECMWF

Finlande : aucune couche de neige de janvier à février à Helsinki

De nombreuses régions de la Finlande ont connu des températures records, sauf dans le centre du pays et au nord de la Laponie. Pour l’ensemble du pays, il s’agit donc du 2e hiver le plus doux après celui de 2007/2008 depuis 1900. Symptôme de ce “non-hiver” : Helsinki n’a vu que 2 cm de couche de neige maximum au cours de la saison. Et 0 cm sur les deux mois de janvier à février : du jamais vu là encore. 

Autre donnée frappante, le nombre de journées printanières à Helsinki du 1er janvier au 28 février. Est considérée comme une journée printanière dans la capitale finlandaise les jours dont la température de l’après-midi a atteint ou dépassé les 5°C. Cela peut nous paraître bas, mais la moyenne des températures l’après-midi à Helsinki est de -4,1°C en janvier et -3,7°C en février. Au cours de la période de janvier/février, Helsinki a vu 21 journées printanières ! C’est deux fois plus que le précédent record.

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Crédit : Mika Rantanen

Danemark : l’hiver le plus doux en près de 150 ans

Les statistiques sont également tombées pour le Danemark où la température moyenne de l’hiver a atteint les 5°C alors que la température moyenne au cours de l’hiver est de 0,5°C. Le pays enregistre donc une anomalie positive de température de 4,5°, faisant de l’hiver 2019/2020 le plus chaud pour le pays en 146 ans de données relevées. 

Suède : les cerisiers en fleur dès janvier

Stockholm a aussi vu son hiver le plus doux jamais observé depuis le début des mesures en 1756. L'anomalie enregistrée est de +3,3°C, battant les +2,4°C de l'hiver 2007/2008. Conséquence visible pour les suédois de la capitale : les cerisiers étaient en fleur en janvier tandis que le pays rencontrait des températures de 6 à 8°C supérieures à la moyenne depuis décembre. 

Pour le reste  de la Suède, l’Institut suédois de météorologie et d'hydrologie indique que le sud (Götaland) et le centre du pays (Svealand) ont connu également leur hiver le plus chaud. Toutefois, cet hiver 2019/2020 ne bat pas la moyenne des températures pour l'ensemble du pays. L’incursion d’air froid à la fin de février a rapidement fait baisser la moyenne pour toute la Suède. Ainsi, la température moyenne de cet hiver 2019/2020 est de -4,3°C. Il s’agit du deuxième hiver le plus doux après celui de 2007/2008 et sa moyenne de -4,2°C. Ça s'est joué de peu.

Norvège : le plus doux depuis 120 ans

Pour boucler la boucle de la Scandinavie, la Norvège enregistre quant à elle son hiver le plus doux en 120 ans de données.

L’écart à la température moyenne, ou anomalie positive, est de +4,5°C. Depuis le début des relevés en 1900 par l’institut national du pays, jamais pareil écart n’a été mesuré. La Norvège a donc connu son hiver le plus chaud. De nombreux records sont tombés au cours de la saison, y compris celui de la température moyenne la plus élevée en une saison hivernale au phare d’Ytterøy avec 6°C relevés, battant l’ancien record de 2013/2014 à Svinøy. Autre record significatif pour cet hiver : la température max a atteint les 19°C à Sunndalsøra, soit un nouveau record mensuel et national de douceur. 

La Pologne enregistre son hiver le plus chaud en près de 240 ans de données

La Pologne a aussi rencontré son hiver le plus doux avec une anomalie positive de +4,1°C, battant l’hiver 1989/1990 et 2006/2008 de 6 dixièmes (+3,5°C). Le début des mesures pour le pays a commencé en 1781.

Quand nous voyons cette avalanche de records, le réchauffement climatique vient tout de suite à l’esprit pour expliquer purement et simplement cet hiver européen historiquement doux. Mais cela tient aussi à d’autres facteurs de circulation atmosphérique à grande échelle.

Comment expliquer cette douceur record ?

Cette douceur s’inscrit dans une double configuration persistante de circulation atmosphérique à grande échelle : une phase positive de l’oscillation arctique et une phase positive de l’oscillation nord-atlantique

Quand une phase positive de l'oscillation arctique se produit, l’Europe de l’Ouest est sous l’influence d’un flux d’ouest à sud-ouest, plus humide mais aussi plus chaud. C’est cette phase positive de l’oscillation arctique dans laquelle nous nous sommes trouvés principalement au cours de notre hiver météo 2019/2020. D’ailleurs, l'indice mesurant cette variation de pression a battu un record le 10 février en atteignant une anomalie positive de +6,34, battant les +5,91 du 26 février 1990.

Outre cette configuration, une autre configuration climatique a permis cette douceur record en Europe. Il s’agit de l’oscillation nord-atlantique, c'est-à-dire la variation de pression entre le complexe dépressionnaire qu’on trouve en Islande et l’anticyclone des Açores. Quand la différence de pression est très importante entre ces deux centres d'action, on parle de phase positive de cette oscillation. Quand cela se produit, un flux d’ouest fort et persistant circulant de l’Atlantique vers l’Europe de l’Ouest se met en place. C'est ce vent d’ouest à sud-ouest qui charrie, lui aussi, de la douceur et de l’humidité. C’est cette phase qu’on a retrouvée au cours de l'hiver météorologique 2019/2020.

C’est ainsi qu’on peut expliquer comment l’hiver météo a été particulièrement doux pour Moscou, l’Europe, la France, mais aussi très pluvieux pour ces régions comme pour le nord de l'hexagone et aussi le Royaume-Uni qui a enregistré un record mensuel en février de pluviométrie. A noter également que la Norvège a enregistré son 2e hiver le plus pluvieux depuis le début des relevés et que le reste de la Scandinavie a été copieusement arrosé.

De même, cette configuration climatique explique pourquoi nous nous trouvons dans un ballet tempétueux depuis des semaines entières

Ces configurations atmosphériques ainsi que le contexte global de réchauffement climatique peuvent expliquer très probablement cette douceur record que l’Europe a rencontrée au cours de cet hiver 2019/2020.

Un air de déjà-vu avec le mois de février 1990 et l'hiver 1989/1990

Ces données ressemblent beaucoup à celles qu'on retrouve au mois de février 1990. Ce mois a été marqué par une douceur record en France mais aussi par des balayages tempétueux. Le mois de février 1990 est d'ailleurs le mois de février le plus doux jamais enregistré en France avec une anomalie de +4,4°C par rapport à la moyenne. Ce mois de février L’hiver 1989/1990 est d’ailleurs le 3e plus doux enregistré en France, après celui de cette année et 2015/2016. 

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