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Éruption volcanique à Bali : un impact possible sur le climat ?

Par Regis CREPET, météorologue

Le volcan indonésien Agung connait une violente éruption sur l'île de Bali. C'est l'occasion de rappeler que le volcanisme a un impact non négligeable sur le climat en le refroidissant.

Crédit : La Chaîne Météo

Le volcan Agung est le point culminant de l’île de Bali avec 3142 mètres d’altitude. Les éruptions ont été rares ces deux derniers siècles, 4 au total. Bien que rares, ces éruptions sont connues pour être de type explosif. C’est le cas le plus dangereux d’éruption qui soit pour trois raisons : par sa soudaineté tout d’abord, qui laisse peu de temps à la population de réagir.

Elle relâche des nuées ardentes : un nuage de gaz volcanique. Ce dégagement est asphyxiant, blesse par sa chaleur et les matériaux constituants le gaz. Les éruptions de type explosif peuvent causer des coulées de boue (lahar) très denses et lourdes. Elles emportent tout sur leur passage.

Le volcan Agung s’est réveillé en septembre dernier, et relâche depuis quelques jours un panache de fumée s’élevant à 4000 mètres au-dessus du mont Agung (atteignant une altitude proche de 7000 m).

La dernière éruption, en 1963, avait fait près de 1600 morts. Les nuées ardentes avaient dévasté des villages environnants.

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Crédit : La Chaîne Météo

 

De multiples éruptions volcaniques stoppent le réchauffement climatique ?

Le rôle des éruptions volcaniques sur le climat est désormais assez bien connu, et il est clair qu'elles ont une incidence directe sur les températures en propulsant dans l'atmosphère des quantités plus ou moins grande de cendres et de suies. Il est admis que les éruptions majeures entraînent un refroidissement temporaire du climat.

 

Des exemples dans le passé

Les éruptions volcaniques majeures ont entrainé dans le passé des refroidissements climatiques temporaires, ayant parfois eu des répercussions sur l'ensemble de la planète. Ces grandes éruptions projettent dans la haute atmosphère de grandes quantités d'anhydride sulfureux, ce qui a pour conséquence de réflechir vers l'espace une partie des radiations solaires. Ce fut le cas du volcan indonésien Tambora en 1815 ("l'année sans été" car il avait fait froid toute l'année suivant l'éruption). Plus près de nous, de puissantes éruptions ont fait baissé les températures planétaires de 0,2° à 0,6° (en général, donc moins de 1°C de baisse, ce qui est déjà considérable) tel que le volcan El Chichon (Mexique, 1982) et surtout le Pinatubo (Philippines, 1991), qui avait projeté 20 millions de tonnes de soufre . Mais depuis les années 2000, les éruptions massives se sont calmées pour laisser place à de multiples éruptions modérées, qui crachent dans l'atmosphère des panaches de cendre et de suie assez fréquents. Il est admis que certaines particules absorbent une infime partie du rayonnement solaire lorsqu'elles sont suffisament hautes dans l'atmosphère (entre 15 000 et 20 000 m d'altitude). Ces cendres, présentes au-dessus de la troposphère, ne peuvent plus retomber au sol et s'étalent jusqu'à faire parfois le tour de la planète. Elles provoquent dès lors un léger réchauffement à des hautes altitudes mais entrainent également un léger refroidissement de la surface de la terre et même de l'océan. Même minime, ce refroidissement est capable d'engendrer des hivers plus froids et des gelées tardives. Selon des études scientifiques, les multiples éruptions volcaniques modérées qui se produisent depuis l'An 2000 auraient pu ralentir le réchauffement climatique "théorique" de l'ordre de 0,12°C. Il faut savoir, en effet, que les modèles numériques climatiques "ne prennent pas en compte les effets des éruptions volcaniques, car elles sont quasiment impossibles à prévoir sur le long terme" (Alan Robock, climatologue à l'Université Rutgers (New Jersey).

 

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Crédit : Novinite.com

 

Des scénarios catastrophes

Dans le cas où l'éruption actuelle se poursuivrait avec une augmentation de son intensité, il est possible que les cendres soient éjectées à de plus hautes altitudes, au-delà de 15 km, dans la stratosphère. A cette altitude soufflent des vents violents et réguliers appelés courants jets ( ou : Jet-Stream ) qui peuvent disperser les particules sur une étendue géographique beaucoup plus vaste . Elles resteraient en suspension beaucoup plus longtemps et les particules pourraient alors avoir un effet à longue durée sur la température en réfléchissant vers l'espace une petite partie du rayonnement solaire. C'est l'inverse de l'effet de serre, faisant baisser la température au sol et réchauffant la haute atmosphère.

Les grandes éruptions volcaniques contrarient le réchauffement climatique. De ce point de vue, elles sont bénéfiques à l'échelle de la planète.

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