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Bonne recharge des nappes phréatiques après l'hiver : est-on à l'écart d'une sécheresse estivale ?

Cyrille DUCHESNE

Par Cyrille DUCHESNE, météorologue
mis à jour le

Après un été et un début d'automne 2023 très sec, les précipitations ont été copieuses sur une grande partie de la France depuis mi-octobre avec des crues et des inondations, notamment dans le centre-ouest et l'extrême nord. Cette bonne recharge des nappes phréatiques nous met-elle à l'abri d'un risque de sécheresse avec le printemps et l'été qui arrivent ? Le point avec Cyrille Duchesne, expert en météo et climat.

Après des périodes de temps sec fréquentes au printemps et en été, les flux océaniques doux et humides ont largement dominé depuis mi-octobre, épargnant uniquement les régions proches de la Méditerranée. D'octobre à février, l'excédent pluviométrique atteint +20% alors qu'on observait un déficit de 15% sur cette même période l'année dernière.

Précipitations excédentaires cet hiver en France © La Chaîne Météo

De ces séquences perturbées, on retiendra surtout la pluviométrie remarquable entre mi-octobre et mi-novembre. Les régions de l'ouest et du nord, ainsi que les reliefs de l'est ont été les plus arrosés. Les cumuls de pluie très importants sur le Pas-de-Calais, l'ouest de la Bretagne et le centre-ouest, ont engendré plusieurs épisodes de crues et d'inondations qui ont plongé des centaines de personnes durablement les pieds dans l'eau. Depuis le début des mesures en 1958, ce n'est que la deuxième fois que l'on observe en France 32 jours consécutifs avec précipitations.

Crues et inondations ont occupé l'actualité de ces derniers mois, la situation météo a-t-elle été exceptionnelle ?

Retrouver un automne et un hiver bien arrosés n'a rien d'exceptionnel. Cela fait partie de la variabilité climatique de nos régions tempérées et cette situation survient d'ailleurs après deux hivers déficitaires.

Ce qui est frappant cette année, ce sont les extrêmes pluviométriques. A Boulogne-sur-mer, il est tombé 815 mm en 5 mois, soit l'équivalent d'un an de précipitations. A l'autre extrémité de la France, Perpignan n'a recueilli que 65 mm, soit douze fois moins de pluie. Sur les collines du Boulonnais, il est localement tombé 500 mm en un mois à l'automne, ce qui correspond à 6 mois de pluie. Cette séquence pluviométrique record a conduit à des crues et des inondations historiques dans plusieurs bassins versants (l'Aa, la Canche, la Liane et la Lys) avec des alertes de niveau rouge de Vigicrues à plusieurs reprises.

Après une longue période de sécheresse, le bassin méditerranéen a retrouvé des épisodes de fortes pluies ces dernières semaines. L’amélioration est-elle généralisée ?

Entre février et début mars, quatre épisodes de fortes pluies ont circulé sur le bassin méditerranéen en concernant surtout les Cévennes et la région PACA. Dans le Var et les Alpes-Maritimes, la pluviométrie de ce début d’année est exceptionnelle avec des cumuls qui atteignent ou dépassent par endroits celle de 2023. C'est le cas à Nice où il est tombé 438 mm depuis le 1er janvier, alors qu'il n'était tombé que 374 mm sur l'ensemble de l'année 2023.

Sur la période d'octobre à février, la pluviométrie reste très déficitaire dans le Roussillon qui est resté à l'écart des récents épisodes méditerranéens. Au 1er mars, les volumes d'eau présents dans la couche superficielle du sol étaient très déficitaires en Languedoc-Roussillon, contrairement à la plus grande partie du pays.

Sécheresse hivernale dans le sud-est © La Chaîne Météo

A Perpignan, le déficit pluviométrique est proche de 80% avec une sécheresse des sols historique et particulièrement durable puisque c’est la deuxième année consécutive où les précipitations sont très déficitaires. L’est de la Corse est également concerné par une sécheresse remarquable avec seulement 142 mm à Bastia pour une normale de 480 mm.

Sols très humides au 1er mars © La Chaîne Météo

Avec un automne et un hiver bien arrosés, les nappes phréatiques sont-elles correctement remplies ?

En quelques mois, la situation hydrologique s'est nettement améliorée. Selon le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières), la recharge des nappes phréatiques a été supérieure à la normale sur les 2/3 nord. Cette évolution permet d'avoir des niveaux supérieurs à ceux de l'an dernier à la même époque.

La recharge a été particulièrement importante sur le bassin Artois-Picardie, la Brie, le centre-ouest et le nord des Alpes. En revanche, elle a été faible sur un tiers sud et même absente sur le Roussillon.

A noter aussi une faible recharge en Beauce et sur l’Orléanais, car il s’agit de nappes très inertielles, c’est-à-dire qu’elles mettent longtemps (un à deux an) à réagir après une période pluvieuse.

Concernant le niveau des nappes au 1er mars 2024, la situation est contrastée. Elle est très satisfaisante dans les nappes de l'Artois, de la Bretagne à la Nouvelle-Aquitaine et du nord-est. En revanche, elle est préoccupante sur les nappes inertielles du couloir de la Saône et du Sundgau (sud de l'Alsace), et du Languedoc-Roussillon. Ailleurs, le niveau est proche de la normale.

Etat des nappes phréatiques au 1er mars 2024 par rapport à 2023 © La Chaîne Météo

Etat des nappes phréatiques au 1er mars 2024 par rapport à 2023 © La Chaîne Météo

Est-ce que cette bonne situation hydrologique nous met à l'écart de toute sécheresse au cours des prochains mois ?

Si l’on excepte le Languedoc-Roussillon et l’est de la Corse, la menace d’une sécheresse d’ampleur au printemps est écartée. Les précipitations copieuses de ces dernières semaines ont permis de retrouver des volumes d’eau importants et excédentaires dans la couche superficielle du sol.

Certaines régions (centre-ouest, Pas-de-Calais, Bourgogne) ont même des sols saturés avec des mares d’eau dans les points bas. Les agriculteurs attendent impatiemment une période durable de temps sec pour pouvoir avancer les travaux de printemps.

L’évolution de la situation hydrologique de cet été dépendra de la pluviométrie et du niveau des températures pendant la période estivale. Une absence de pluie prolongée associée à des périodes de fortes chaleurs pourra conduire à une sécheresse de surface au cours de l’été. Si les nappes sont correctement remplies, la menace d’une « sécheresse éclair »* n'est pas exclue. Nos prévisions saisonnières envisagent d’ailleurs une tendance chaude et sèche pour le début de l'été.

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