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Ambiance automnale : pourquoi le printemps n'arrive-t-il pas à s'installer ?

Regis CREPET

Par Regis CREPET, météorologue
mis à jour le

Le orages de ce week-end sont suivis d'un rafraichissement cette semaine. Pourquoi le printemps n'arrive pas à s'installer durablement cette année ?

Ce printemps 2023 se caractérise par un temps très changeant sur l'hexagone. Le retour des précipitations depuis le début mars a permis de stopper la sécheresse superficielle et d'alimenter partiellement, in extremis, les nappes phréatiques, sauf dans l'extrême sud-est, où les pluies circulent trop rapidement pour être efficaces. Dans ce contexte, votre ressenti a été assez maussade sur les régions septentrionales, où avril a été plus frais que les moyennes, tandis qu'au sud, quelques coups de chaud se sont déjà produits depuis mars, mais de courte durée. Dans ce contexte, le retour actuel du beau temps très doux sur l'hexagone peut constituer une bonne nouvelle, mais cela ne sera pas durable.

Vous annoncez pour ce mercredi et jeudi des journées estivales. À quelles périodes de l'année correspondent les valeurs prévues et sera-t-on dans des records ?

Les températures sont en forte hausse ce mercredi après-midi sur notre pays, en particulier au sud de la Loire. Avec des valeurs comprises entre 23 et 27°C, ces valeurs correspondent aux normales d'une fin juin. Ce sera l'après-midi la plus chaude depuis le début de l'année. Au sud de la Garonne, la barre des 30°C sera localement atteinte et dépassée, un peu à l'image du 28 avril dernier où quelques records mensuels avaient été battus (comme à Bagnères-de-Luchon avec 30,2°C). Le 29 mars, un pic de chaleur précoce s'était également produit au sud-ouest avec 30°C à Dax par exemple. Ces brefs coups de chaud sont restés relativement peu fréquents par rapport à l'année dernière, où le printemps avait été remarquablement sec et chaud (le 3ème plus chaud en France depuis le début des relevés).

Ces températures restent à environ 3°C des records de chaleur pour un mois de mai au sud-ouest, dont le plus élevé revient à Dax avec 36,2°C en 1996.

Les valeurs attendues pour la journée de jeudi s'élèveront moins, mais la grande douceur sera plus généralisée jusqu'au nord, où l'on attend 23°C à Lille. Avec des températures minimales également plus élevées et plus homogènes, ce sera la journée la plus douce de la semaine avec un indicateur thermique national de 16,8°C, derrière les 17,5°C du 28 avril. Là aussi, on sera très loin des records de chaleur, qui sont de 32,8°C à Nantes et de 34,6°C à Strasbourg l'année dernière.

Vous prévoyez un week-en orageux avant une semaine automnale dans certaines régions. À quoi sont dues ces fluctuations que nous connaissons depuis le 1er mars (début du printemps météorologique - NDLR) ?

Grandes variations de températures ce printemps © La Chaîne Météo

À la différence du printemps dernier, la situation météo de cette année est plus conforme à la climatologie statistique au-dessus de l'Europe, avec une grande variabilité des types de temps. Les périodes anticycloniques sont devenues de courtes durées tandis que le flux perturbé océanique s'est imposé dès le début du mois de mars. Cela a permis aux précipitations de redevenir excédentaires (avec +33% en mars). Les températures sont restées cependant supérieures aux normales de +1°C en mars, pour finir à l'équilibre en avril avec de fortes disparités régionales entre le nord-est, plus frais, et le sud-ouest, plus chaud.

Un temps perturbé la semaine prochaine © La Chaîne Météo

Ces fluctuations sont liées au comportement du jet stream, ces vents forts soufflant vers 8000 m d'altitude. Alors que le jet était très faible l'année dernière, entrainant des situations anticycloniques bloquées, il s'est montré plus rapide mais aussi plus "ondulant" en ce printemps, formant comme des méandres. Au gré de ces variations, il a dirigé les perturbations atlantiques vers l'Europe de l'ouest, véhiculant des masses d'air d'origines diverses, venant du nord-ouest ou du sud-ouest. Ces changements de direction des vents ont occasionné des coups de "chaud" et des coups de frais. On remarque cependant que les anomalies chaudes sont restées prépondérantes par rapport aux anomalies froides.

On retrouve ces disparités à l'échelle de l'Europe, où la partie nord du continent était plus régulièrement sous l'influence de l'air froid, tandis que des masses d'air exceptionnellement chaudes sont remontées d'Afrique du Nord jusqu'en Espagne, avec une vague de chaleur record en avril.

Evolution du jet stream © La Chaîne Météo

Dans ce contexte très changeant, le flux va s'orienter au nord-ouest la semaine prochaine, et c'est de l'air frais et humide qui arrivera sur notre pays. Les averses se succéderont sur les deux tiers nord-est, tandis que les températures s'abaisseront 2 à 3°C sous les moyennes de saison.

Dans le contexte de sécheresse que nous connaissons, faut-il y voir une bonne nouvelle pour la Méditerranée ?

On aurait pu espérer que le retour du flux perturbé océanique bénéficie également au pourtour méditerranéen, mais ce n'est pas le cas. Si les précipitations sont désormais satisfaisantes sur 80 % de l'hexagone, du moins en surface, le littoral du sud-est reste majoritairement à l'écart des pluies malgré des orages qui ont éclaté ces derniers jours en région PACA et en Corse. Le Languedoc-Roussillon conserve une sécheresse exceptionnelle, de Perpignan à Marseille, jusqu'à Valence. La raison est très simple : le vent venant de l'ouest donne naissance à la tramontane et au mistral, de telle sorte que les perturbations sont très rapidement chassées et morcelées lorsqu'elles passent sur l'Occitanie. À cela, s'ajoute l'absence d'épisodes pluvieux à l'automne dernier, avec, au total, un déficit pluviométrique qui s'accroît depuis un an et demi. Dans ce contexte, l'évolution perturbée des prochains jours et de la semaine prochaine n'entrainera pas de changement pour le pourtour méditerranéen, malgré quelques orages

Est-ce que ces fluctuations sont particulièrement marquées cette année ?

Ces changements de temps et variations de températures, liés aux ondulations du jet stream, sont donc particulièrement marqués cette année par rapport au printemps dernier, mais sont, en réalité, normaux pour la saison. On retrouve une configuration que l'on a connue au printemps 2021, qui fut souvent très frais et humide. Ce printemps perturbé avait précédé un été également "normal" sur notre pays, ressenti comme "pourri" par de nombreuses personnes. Le printemps 2020, celui du "Confinement", avait été, en revanche, caractérisé par un temps anticyclonique durable, notamment sur la moitié nord du pays. On le voit, la variabilité interannuelle est relativement importante avec de grandes différences d'une année à l'autre.

La typologie de nos printemps évolue-t-elle avec le réchauffement climatique ?

Dans le contexte du réchauffement climatique, le printemps est la saison qui s’est le plus réchauffée en France, notamment depuis les années 2000. Le mois d’avril est celui qui a connu la plus forte hausse, malgré des exceptions comme en 2021 par exemple. On constate aussi que la saison hivernale s’est raccourcie. Ainsi, les premières chaleurs peuvent se produire dès la fin mars. De même, la saison estivale débute plus tôt, et la France a connu une canicule étonnamment précoce à la fin mai 2022. Cela n’empêche pas l’apparition de gelées tardives comme en avril 2021 et 2022, ce qui est lourd de conséquences sur une végétation qui prend de l’avance en raison des hivers doux.

Indicateur thermique © La Chaîne Météo

Le beau temps durable ne semble pas près de s'installer sur notre pays mais le littoral méditerranéen ne parvient pas à accrocher les pluies pour autant. Dans ce contexte, la première quinzaine de ce mois de mai pourrait être assez fraîche et humide à l'échelle de l'hexagone. Puis, la tendance pourrait s'inverser en deuxième quinzaine avec l'installation d'un temps plus stable et chaud.

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