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Mois de Mars peu arrosé : doit-on craindre une sécheresse ces prochains mois ?

Par Cyrille DUCHESNE, météorologue

Après un hiver météorologique bien arrosé, ce mois de mars 2021 a été peu pluvieux sur une grande partie du pays. Les réserves en eau sont-elles suffisantes pour écarter tout risque de sécheresse au cours des prochains mois ?

Mois de Mars peu arrosé : doit-on craindre une sécheresse ces prochains mois ?

C’est entre la fin de l’automne et l’hiver que les précipitations sont dites efficaces, c’est-à-dire qu’elles servent essentiellement à alimenter les cours d’eau et les nappes phréatiques qui vont servir de réserves au cours de la prochaine saison chaude. Entre novembre et le début du mois de mars, la végétation est en dormance et les besoins en eau sont très faibles. A partir du printemps, les températures augmentent rapidement et la végétation repart. Les précipitations vont donc de moins en moins s’infiltrer vers les nappes phréatiques mais servir à répondre aux besoins en eau croissants des plantes et des cultures. Il est donc important de faire un point hydrologique précis à cette période charnière de l’année.

Un hiver 2020-2021 très arrosé

D’une manière générale, les perturbations actives se sont succédées entre décembre 2020 et le début du mois de février 2021. Au début du mois de février, l’indice d’humidité des sols superficiels atteignait d'ailleurs des records et de nombreuses crues et inondations étaient observées du sud-ouest au nord.

A l’échelle de la France, l’excédent pluviométrique est de l’ordre de 30% ce qui classe cet hiver 2020-2021 parmi les 10 hivers les plus arrosés de la période 1959-2021. C’est dans le sud-ouest que l’hiver a été le plus arrosé avec des records de forte pluviométrie sur des villes comme Dax (685 mm) dans les Landes ou Ciboure (758 mm) dans les Pyrénées-Atlantiques. 

Un mois de mars peu arrosé

Depuis la mi-février, les anticyclones dominent sur la France et les perturbations océaniques sont peu nombreuses. Du 1er au 22 mars, les précipitations ont été très déficitaires dans l’ouest et le sud du pays. Les régions méditerranéennes sont les moins arrosées avec 0,8 mm à Nîmes, 1,4 mm à Marignane ou encore 6,2 mm à Perpignan. Près de l’Atlantique, la pluviométrie est faible sur des villes comme Nantes (14 mm) ou Bordeaux (15 mm) soit un déficit de l’ordre de 70%. La façade est du pays a été beaucoup plus arrosée avec un excédent pluviométrique de 23% à Bourg-Saint-Maurice et 30% à Nancy.

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Crédit : La Chaîne Météo

Ce déficit de précipitations de l'ordre de 40% en moyenne sur la France n'a pas de conséquences dommageables car les températures ont été un peu plus fraîches que la normale et les quelques précipitations ont permis de conserver de l'humidité dans les couches superficielles du sol.

Bonne recharge des nappes phréatiques mais une situation inégale selon les régions

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Crédit : La Chaîne Météo

Selon le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières), la situation au 1er mars était très satisfaisante sur une grande partie du territoire : « la recharge a été conséquente et les niveaux des nappes sont au-dessus des moyennes mensuelles. La situation est moins favorable pour les nappes profondes des couloirs du Rhône et de la Saône, pour la nappe du Sundgau au sud de la plaine d’Alsace. Les niveaux de ces nappes sont en hausse en février mais les apports pluviométriques de ces derniers mois sont insuffisants pour combler les déficits des recharges des années précédentes. Enfin, les nappes karstiques* des régions montpelliéraines et nîmoises ainsi que les nappes alluviales et des formations complexes de Provence et des Alpes du sud enregistrent des niveaux bas, du fait d’une recharge très faible ». 

Doit-on craindre une sécheresse ces prochains mois ?

En météorologie, la sécheresse correspond à un déficit prononcé et prolongé de précipitations sur un espace géographique plus ou moins étendu.

Un déficit prolongé de précipitations aboutit à un faible taux d’humidité des sols. Lorsque celui-ci se produit au cours de la période de croissance de la végétation et des cultures (du printemps à l’automne), on parle de sécheresse de surface ou agricole.

Lorsque les précipitations ont été déficitaires pendant la période de recharge des réserves en eau souterraines (fin d’automne et hiver), les nappes phréatiques ne se remplissent pas suffisamment et les lacs et rivières ne sont plus correctement alimentés, ce qui entraîne une sécheresse hydrologique.

Pour ces prochains mois, le risque de sécheresse hydrologique est écarté sur la plupart de nos régions car l’automne et l’hiver derniers ont été bien arrosés et la grande majorité des nappes phréatiques présentent un niveau supérieur à la normale. La situation est nettement moins favorable pour le couloir rhodanien et les régions proches de la Méditerranée qui présentent des niveaux de nappes phréatiques en-dessous de la normale. Le Languedoc et la Provence sont particulièrement exposés à la sécheresse, d’autant que le climat de ces régions est très chaud et sec pendant la saison estivale.

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Crédit : La Chaîne Météo

Même si les réserves en eau profonde et les cours d’eau sont bien alimentés, la France n’est pas à l’abri d’une sécheresse de surface si le printemps est durablement sec. Après un mois de mars peu arrosé, il ne faudrait pas que les mois d’avril et mai soient trop secs d’autant qu’avec la hausse des températures, les besoins en eau vont aller croissants. Nos prévisions saisonnières ne sont malheureusement pas très optimistes avec un déficit de précipitations qui pourrait être assez durable durant ce printemps 2021. Comme en 2020, la sécheresse pourrait faire parler d’elle dans certaines régions dès le mois d’avril, surtout si des pics de chaleur surviennent précocement, ce qui était le cas l’année dernière.

 

* Dans les régions karstiques, l'eau y circule rapidement au sein de conduits telles des rivières souterraines, et s'accumule pour émerger à la faveur de sources aux débits souvent considérables, mais fluctuant dans le temps.

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