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Risque de MEDICANE : la Grèce et la Turquie sous surveillance cette semaine

Par Cyril Wuest, météorologue
mis à jour le

Un système pluvio-orageux va s’organiser cette semaine en Méditerranée orientale, sous l’influence d’un thalweg très dynamique plongeant vers le bassin.

Risque de Medicane © LCM

Qu’est-ce qu’un medicane ?

Le terme « medicane » est la contraction de Mediterranean hurricane. Il désigne un "ouragan méditerranéen" présentant certaines caractéristiques proches de celles d’un système tropical : circulation fermée autour d’un cœur dépressionnaire chaud, convection organisée près du centre, vents parfois violents et structure relativement symétrique.

Il ne s’agit toutefois pas d’un ouragan tropical classique. Les medicanes sont généralement plus petits et moins puissants, et leur formation dépend fortement de la dynamique des dépressions et de l’air froid présent en altitude.

Pour qu’un système pluvio-orageux devienne réellement un medicane, il ne suffit donc pas qu’il tourne sur lui-même. Il doit progressivement développer une organisation particulière, avec un cœur devenant plus chaud et une convection concentrée autour du centre.

Un thalweg très dynamique à l’origine de la dégradation

Cette semaine, un thalweg, c’est-à-dire une langue d’air froid et dépressionnaire en altitude, va s’enfoncer profondément vers la Méditerranée orientale.

Ce contraste entre l’air plus froid présent en altitude et les basses couches extrêmement chaudes et humides va fortement déstabiliser l’atmosphère. Un minimum dépressionnaire pourra alors se creuser et organiser progressivement l’activité orageuse.

Les fortes pluies toucheront d’abord la partie méridionale de la Grèce et les environs de la Crète, avant que la dégradation ne se décale vers l’est en direction de la Turquie. Les modèles montrent plusieurs zones pouvant recevoir une quinzaine de millimètres ou davantage, avec des cumuls localement supérieurs sous les cellules les plus actives.

Surchauffe de la Méditerranée © LCM

Une Méditerranée encore proche de 30°C

Le contexte marin est particulièrement remarquable. Après l’été exceptionnellement chaud de 2026, une grande partie de la Méditerranée reste en surchauffe.

Les eaux atteignent encore fréquemment 28 à 30°C sur l’est et le centre du bassin, avec localement 31°C. Les anomalies atteignent souvent +2 à +4°C et dépassent ponctuellement +5 à +6°C sur certaines zones.

Cette chaleur marine fournit un important réservoir d’humidité et d’énergie. Lorsque les vents se renforcent au-dessus de cette eau très chaude, l’évaporation augmente et alimente les orages en vapeur d’eau.

Mais, comme pour les épisodes méditerranéens, la mer chaude constitue avant tout le carburant : c’est la configuration atmosphérique qui fournit le déclencheur. Les travaux scientifiques sur les cyclones méditerranéens montrent d’ailleurs que leur trajectoire dépend principalement de la dynamique à grande échelle, tandis que les anomalies de température de la mer peuvent renforcer leur convection et leurs précipitations.

Anomalies températures mer © LCM

Le système peut-il réellement devenir un medicane ?

C’est le principal point d’incertitude. L’amas orageux pourrait commencer à s’enrouler autour du minimum dépressionnaire et prendre une apparence de plus en plus cyclonique.

Mais cela ne permettra pas forcément de le classer comme medicane. De nombreuses dépressions méditerranéennes peuvent temporairement présenter une convection très organisée ou une rotation marquée sans réussir leur transition vers une structure tropicale ou subtropicale.

La trajectoire, la durée passée au-dessus des eaux chaudes, le cisaillement du vent et la capacité des orages à se maintenir autour du centre seront déterminants.

La prudence reste donc de mise : le risque de fortes pluies et d’orages est bien réel, tandis que la transformation en véritable medicane reste un scénario à surveiller.

Cumuls de pluie attendus © LCM

Un précédent majeur avec Daniel en 2023

L’exemple du medicane Daniel rappelle à quel point ces systèmes peuvent évoluer rapidement. En septembre 2023, une dépression issue d’un thalweg s’était d’abord accompagnée de pluies exceptionnelles en Grèce avant de dériver vers des eaux particulièrement chaudes.

Le système avait ensuite acquis progressivement des caractéristiques subtropicales puis tropicales avant de frapper la Libye. Les recherches récentes confirment que Daniel avait subi une véritable transition vers un medicane au-dessus de la Méditerranée.

La situation actuelle n’est pas comparable en termes d’intensité annoncée, mais elle illustre la période désormais sensible dans laquelle entre la Méditerranée.

Pourquoi le risque augmente-t-il à l’automne ?

Septembre et octobre correspondent à une période favorable à ce type de phénomène. La mer conserve encore l’énergie accumulée pendant l’été, tandis que les premières descentes d’air froid commencent à atteindre le bassin.

Lorsque ces deux ingrédients se rencontrent, l’instabilité devient forte. Une dépression suffisamment lente et bien positionnée peut alors puiser de l’énergie dans la mer et organiser durablement la convection autour de son centre.

Après la canicule marine exceptionnelle de cet été, la Méditerranée dispose cette année d’un réservoir thermique particulièrement important. Cela ne signifie pas que les medicanes vont se multiplier automatiquement, mais tout système dépressionnaire plongeant sur le bassin dans les prochaines semaines devra être surveillé attentivement.

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