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Pourquoi la sécheresse actuelle est préoccupante ?

Par Regis CREPET, météorologue
mis à jour le

Alors que le temps reste au sec sur la France cette semaine, le déficit pluviométrique s’accentue encore un peu plus sur certaines régions de l’hexagone, en particulier au sud-est. Cette sécheresse hivernale, qui reste cependant hétérogène, pourrait conduire à une situation hydrique tendue pour les prochaines semaines en l’absence de pluie.

Depuis le début de l’hiver météorologique, au 1er décembre, la France connait une configuration météorologique anticyclonique. De longues périodes sans pluie se suivent, entrecoupées par quelques brèves perturbations pluvieuses, parfois abondantes dans certaines régions, comme début décembre et début janvier. Cette situation aboutit, en moyenne sur la France, à un déficit de pluie en plaine et à un enneigement parfois déficitaire en montagne.

L’hiver, saison habituelle de la recharge des nappes phréatiques

La saison hivernale, qui s’étend, météorologiquement parlant, du 1er décembre au 1er mars, est la période pendant laquelle les précipitations sont qualifiées d’efficaces, c’est-à-dire qu’elles sont utiles à la nature en pénétrant profondément dans les sols et en alimentant les nappes profondes, dites « phréatiques ». Lorsque le printemps et surtout l’été arrivent, la chaleur provoque l’évaporation rapide des pluies et la végétation pompe l’eau de surface. C’est donc en saison hivernale que ces nappes phréatiques peuvent se recharger efficacement.

Un hiver contrasté entre les pluies de décembre et le déficit de janvier

sécheresse cet hiver © La Chaîne Météo

À ce jour, on peut partager l’hiver actuel en deux parties : le mois de décembre a été correctement arrosé sur l’hexagone, notamment en raison des pluies abondantes de la première décade, avec un excédent pluviométrique de +12%. Cependant, le quart sud-est de la France est resté à l’écart des perturbations et enregistrait déjà un déficit de -35 à -60% par rapport à une pluviométrie normale, ce qui explique aussi pourquoi les Alpes du Sud ont manqué de neige dès le début de l’hiver. Ainsi, la station d’Auron (Alpes-Maritimes) n’enregistrait, à ce jour, que 14 cm de neige naturelle depuis le 10 décembre, soit la valeur la plus faible depuis 28 ans.

Webcam d'Auron © Auron

Quant au mois de janvier, il s’est distingué par un déficit plus généralisé qu’en décembre, mais toujours très criant sur le quart sud-est, où l’on peut désormais parler de « sécheresse hivernale » notable. Ainsi, à l’échelle de l’hexagone, les précipitations sont, jusqu’à présent, légèrement déficitaires pour la période hivernale, mais la recharge des nappes reste, pour le moment, légèrement positive à la faveur du mois de décembre pluvieux. Mais le sud-est n’a pas bénéficié de cette recharge. Pour le département des Bouches-du-Rhône par exemple, le mois de janvier a été le 3ème plus sec depuis 1959, après 1983 et 1993.

En ce début février, la situation météorologique ne s’est pas débloquée malgré un possible retour des précipitations pour la semaine prochaine. Les anticyclones restent vissés à proximité de la France, ce qui empêche les perturbations de passer sur notre pays, ou alors, les atténue fortement. Néanmoins, des pluies modérées se sont produites le 6 févier sur le quart nord-est du pays, avec un coup de neige sur les Vosges, le Jura et les Alpes du nord, épargnant l’ouest, le sud-ouest et le sud-est.

Une sécheresse qui s’accentue au sud-est

Sécheresse au sud-est © La Chaîne Météo

On le voit, depuis le début décembre, le quart sud-est, incluant les Alpes du sud, connait un déficit pluviométrique de -60 à -100%. Dans ce contexte, la recharge des nappes phréatiques n’a pas pu se faire, d’autant plus que l’automne est resté globalement sec sur cette région, où il n’y a pas eu d’épisode méditerranéen. Pire, la vidange des nappes, c’est-à-dire la baisse de leur niveau, pourrait débuter dès le début du printemps avec la hausse des températures. Il est à noter également la fréquence des coups de mistral, qui accentuent l’assèchement des sols et la diminution du manteau neigeux résiduel sur les Alpes du sud. Tous les éléments défavorables sont réunis au sud-est pour que plane désormais le spectre d’une importante sécheresse ces prochains mois.

Cette situation n’est pas, à ce jour, rarissime. Ces dernières années ont été marquées par des saisons souvent déficitaires en pluie, dont les effets ont été amplifiés par des étés très chauds. Ainsi, en 2019, le premier trimestre avait été l’un des plus secs jamais enregistrés au sud-est, quasiment sans pluie jusqu’en fin mars. Il n’était tombé que 15 mm à Marseille et 22,6 mm à Toulon. Au 7 février de cette année, le déficit est plus important avec seulement 0,4 mm tombés à Marseille et 3 mm à Toulon, alors que la moyenne pour un mois de janvier est de respectivement 50 et 70 mm.

Cette situation de sécheresse conjuguée à de fréquents coups de mistral abouti à un « indice d’inflammabilité des sols » remarquable pour la saison, le plus fort dans les Bouches-du-Rhône de ces 30 dernières années.

Vers une sécheresse printanière préoccupante ?

Nappes phréatiques début février © La Chaîne Météo

Le mois de février est statistiquement le mois le plus sec de l’année en France, en particulier sur les régions centrales, l’Alsace et le sud-est de la France. Le déficit actuel est donc surtout préoccupant dans le contexte global de l’hiver. Si la sécheresse reste limitée sur les deux tiers de l’hexagone, elle devient notable au sud-est, mais la préoccupation majeure concerne les semaines à venir. Les conséquences de cette sécheresse pourraient devenir importantes si aucune pluie significative ne se produit pendant le printemps. La sécheresse de surface s’accentuera encore, favorisant les départs de feu dans cet environnement très sec et venté. Ainsi, depuis le début de l’année, près de 8000 hectares de végétation sont déjà partis en fumée au sud-est de la France suite à des brulis et écobuages non maitrisés, attisés par les coups de mistral. Par la suite, les nappes phréatiques, actuellement stationnaires, commenceront à baisser de façon précoce. Cette sécheresse profonde serait plus lourde de conséquence, car elle aboutirait à la baisse des niveaux des barrages et lacs réservoirs nécessaires à l’agriculture. Cela risque de conduire à des restrictions de l’usage de l’eau, ce qui pourrait poser problème pour l'irrigation des cultures de fruits et légumes.

Vers un printemps sec et chaud sur la France

Le Cavalon a sec © Erika Reynaud

Pour éviter que la sécheresse s’aggrave au printemps, avec la reprise de la végétation et l’arrivée des premières chaleurs, il faudrait que la France renoue avec les passages pluvieux, notamment le quart sud-est. À ce sujet, nos prévisions à court terme indiquent une possibilité de pluie dès ce week-end et possiblement dans le courant de la semaine prochaine. Cette amélioration sur le front de la sécheresse ne serait que temporaire et insuffisante, car nos prévisions long terme ne sont pas très optimistes. En effet, nos prévisions saisonnières, qui seront actualisées ce 10 février, envisagent un printemps (mars-avril-mai) qui serait majoritairement sec et chaud sur la France, ce qui aggraverait la situation sur le front de la sécheresse. En arrivant à l'aube de l'été, les sols pourraient déjà être desséchés, prémices d'une saison qui risque d'être très compliquée sur le front des incendies de forêts notamment.

En conclusion, on retiendra que la situation n’est pas encore critique en France, même si le sud-est fait face à un déficit pluviométrique notable depuis le début de l’hiver. À ce jour, de nouvelles précipitations pourraient limiter les dégâts. Mais dans ce contexte tendu, un printemps sec et chaud accentuerait le risque de sécheresse importante pour l’été, qui pourrait alors être plus difficile que l’été dernier.

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