Actualités Météo
Un épisode méditerranéen exceptionnel pour un mois de mars

Par Regis CREPET, météorologue

Un épisode pluvieux et venté notable s'est produit du 11 au 14 mars en Occitanie, concernant essentiellement le sud des Cévennes. Les cumuls ont atteint au maximum 450 mm à Castenet-le-Haut (Hérault), ce qui fait de cet épisode l'un des plus importants pour un mois de mars depuis 1960.

Crédit : Mayeul Thomas / Météo Béziers

La configuration météorologique était la suivante : un puissant anticyclone était situé sur l'Europe de l'Est, responsable d'une vague de froid continentale sur ces régions. De l'autre côté, une dépression atlantique commençait à descendre dans le Golfe de Gascogne en direction de la péninsule ibérique. Entre ces deux centres d'action, le flux dominant s'orientait au secteur sud-est sur le bassin méditerranéen, entrainant la formation d'une dépression circulant des Baléares vers la Sardaigne. Cette configuration était propice à l'établissement d'un fort vent d'est qui a déversé des pluies torrentielles sur le Languedoc-Roussillon, en particulier sur le sud des Cévennes. C'est le principe d'un épisode méditerranéen et surtout, en l'occurrence, d'un épisode cévenol.

Actualités France
Crédit : La Chaîne Météo

 

Une situation atypique pour la saison

La notion d'épisode cévenol est d'ordinaire attribuée à l'automne, lorsque des masses d'air doux et humide, chargées de chaleur, issues de Méditerranée, déversent des pluies intenses en Languedoc-Roussillon, et notamment sur les Cévennes. Lorsque l'épisode est étendu à davantage de régions, on parle alors d'épisode méditerranéen.

Les épisodes cévenols et méditerranéens se produisent généralement en Automne. Certains se déclenchent parfois au printemps, mais plutôt en mai, lorsque des orages commencent à se former. En mars, cela reste rare. Mais, si les centres d'action sont positionnés de façon à provoquer un flux de sud survolant la Méditerranée, un épisode cévenol est possible même en cette saison. En mars, cela survient en moyenne une fois par décennie, la dernière série remontant à mars 2011 et mars 2013 avec des cumuls ayant atteint 150 à 200 mm sur les Cévennes et le Roussillon. Dans le passé, on trouve des pluies cévenoles épisodiques en mars 2004, 1999, 1996 et 1986, puis surtout en mars 1969 et 1971, où des pluies notables s'étaient abattues, mais sans dépasser les 300 mm en deux jours. Avec la barre des 400 mm dépassée dans le massif de l'Espinouse (Hérault), cet épisode s'inscrit donc dans le top 3 des plus forts pour un mois de mars depuis 1960.

Les points forts de cet épisode

Le temps a commencé à se dégrader sur le sud des Cévennes dès le vendredi 11 mars avec la levée du vent marin et les premières pluies sur les reliefs. En fin de journée, les premiers cumuls atteignaient par endroit 50 mm d'eau alors que l'épisode commençait à peine.

Samedi matin, il était déjà tombé 125 mm de pluies à Castanet-le-Haut (34), 121 mm à Saint-Maurice-Navacelle (34) et 85 mm à Murat-sur-Vèbre (81), correspondant à 1 mois de précipitations en 24 heures. L'Orb, l'Hérault amont et la Cesse commençaient à réagir.

Tout au long de la journée, la situation continuait à se dégrader avec la poursuite des plus fortes pluies en plaine du Roussillon jusqu'au littoral, où il était tombé en moyenne 10 à 20 mm d'eau en une heure à la mi-journée. Des inondations se produisaient entre Perpignan et Narbonne et gagnaient le secteur de Béziers dans l'Hérault. La circulation routière devenait parfois difficile sur des routes inondées.

Sur les Cévennes héraultaises, il continuait à pleuvoir fortement jusqu'en soirée, où une légère accalmie se faisait sentir : les 200 mm d'eau étaient atteints dans le secteur de Castanet-le-Haut (34). En montagne, des conditions de blizzard étaient observées au-dessus de 1200 mètres avec déjà 30 cm de neige fraîche relevés près du Mont Aigoual.

Le dimanche 13 mars a marqué la poursuite des fortes pluies ainsi que la généralisation des chutes de neige dès 1000 m d'altitude sur les Cévennes et les Causses de Lozère. Plus d'un mètre de neige était relevé au Mont Aigoual, qui connaissait alors sa plus forte chute de neige de l'hiver. Par ailleurs, la crue de l'Orb a Béziers (11) dépassait sa côte de référence de novembre 2014.

Dans l'après-midi, la région connaissait la période la plus critique de cet épisode. En effet, un front froid venant de l'Atlantique commençait à traverser le Languedoc-Roussillon, en se heurtant aux remontées d'air méditerranéen très instable. Les pluies étaient particulièrement fortes entre Narbonne, Béziers et Montpellier, avec quelques coups de tonnerre. La circulation devenait très difficile entre ces villes, avec des chaussées parfois inondées. Dans le secteur de Béziers, la situation restait toujours aussi délicate avec la crue majeure de l'Orb, qui s'est poursuivie jusqu'en tard dans la soirée.

Le vent soufflait également très fort sur le département de l'Hérault, à 105 km/h sur Montpellier et Sète où des arbres ont été abattus par les plus puissantes rafales. Le vent avait gagné les Bouches-du-Rhône et le Var avec des rafales à 105 km/h au nord de Marseille, à Trets. Près des caps exposés, le vent atteignait aussi 120 km/h à Porquerolles et au Drammont. Ce vent Marin provoquait une très forte houle venant du large avec des vagues déferlantes à la côte avec des submersions littorales signalées localement. Cette forte houle contribuait également à freiner l'évacuation des eaux fluviales à la mer, inondant certaines zones côtières.

À lire aussi

Qu'est ce qu'un épisode Cévenol ?

Qu'est-ce qu'un épisode méditerranéen ?

L'actualité météo

Articles les plus lus