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Avril 2021 : froid durable, gel record et déficit de pluie important

Par Cyrille DUCHESNE, météorologue

A quelques jours du mois de mai, le bilan des deux premières décades du mois d'avril 2021 montre que les températures sont déficitaires de plus de 2 degrés par rapport à la normale 1981-2010 avec un déficit pluviométrique de l'ordre de 60%. Du point de vue des températures, ce mois d'avril 2021 contraste avec avril 2020 qui se situait au 3ème rang des mois d'avril les plus chauds.

Avril 2021 : froid durable, gel record et déficit de pluie important

Le mois d'avril  le plus froid depuis 1994

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Crédit : La Chaîne Météo

Alors que nous avons été habitués à des mois d'avril très doux ces dernières années (+2,7°C en 2018, +0,5°C en 2019 et +3°C en 2020), on renoue en 2021 avec un mois d'avril particulièrement frais. Avec un déficit de 2,2°C sur les 18 premiers jours du mois d'avril, il faudrait une fin de mois particulièrement chaude pour compenser ce déficit thermique. Si on table sur une dernière décade avec des températures proches de la normale, ce que laisse à penser les courbes de prévisions de températures pour les prochains jours, on aboutirait à un déficit de l'ordre de 1,3°C sur l'ensemble du mois. Avec un tel déficit de températures, il faudrait remonter à avril 1994 pour retrouver un mois d'avril aussi frais.

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Crédit : La Chaîne Météo

Les périodes de gel que nous avons connues sont-elles exceptionnelles ?

Si les gelées ne sont pas rares au mois d'avril sur la France, la fréquence, l'extension et l'intensité des gelées sont exceptionnelles en ce mois d'avril 2021.

La période de froid du 6 au 8 avril a été la plus sévère depuis les années 1980. 87 stations météo ont battu leur record mensuel de froid sur les températures minimales, ce qui correspond à un peu plus de 15% des stations météo sur le territoire français. Le plus surprenant a été de passer en quelques jours de records de chaleur à des records de froid. Du 29 au 31 mars 158 records mensuels de chaleur sur les températures maximales avaient été battus soit près de 30% des stations météo. Ces grandes fluctuations de températures ont été responsables des gros dégâts de gel sur la vigne, les fruitiers et certaines cultures agricoles, la végétation ayant commencé à se développer très précocement en lien avec l'épisode de chaleur de la fin du mois de mars.

Ce premier gros coup de froid du début du mois d'avril a été suivi d'une deuxième descente d'air froid la semaine dernière avec des gelées moins fortes mais presque quotidiennes et assez généralisées. Résultat, le nombre de jours de gelées est devenu important du nord au centre. Plusieurs villes battent leur record du nombre de jours de gel pour un mois d'avril : 12 jours à Grenoble-Saint-Geoirs, 11 jours à Beauvais, 9 jours à Rennes et Bergerac.

Doit-on craindre d'autres périodes de gel d'ici la fin du mois et début mai ?

Après quelques gelées matinales lundi matin du nord-ouest au centre avec -1,3°C à Caen, -1,7°C à Beauvais et jusqu'à -3,3°C à Romorantin, la masse d'air sera moins froide mardi et mercredi avec le retour de températures positives sur la majeure partie du pays. On surveillera ensuite le risque de petites gelées blanches jeudi et vendredi matin au nord de la Seine en lien avec une nouvelle descente d'air froid qui concernera surtout le Bénélux et l'Allemagne. Par la suite, la masse d'air devrait se radoucir sur les régions du nord et le risque de gel deviendra très limité. Il conviendra néanmoins d'être vigilant car les dernières gelées peuvent se produire jusqu'à la mi-mai sur une large moitié nord. La fameuse période des Saints de Glace (11-12-13 mai), est souvent un repère pour les jardiniers.

On parle de gel mais le mois a aussi été très sec. Quelle est la situation ?

Du 1er au 18 avril, il n'est tombé en moyenne que 17 millimètres de pluie sur notre pays, pour une moyenne sur la même période de l'ordre de 43 mm. Le déficit est donc de 60%, sachant que le mois de mars avait déjà connu un déficit pluviométrique de l'ordre de 51%. La sécheresse de surface commence à faire parler d'elle dans de nombreuses régions. L'ouest et le centre du pays sont particulièrement concernés par ce déficit pluviométrique chronique. A Tours, il n'est tombé que 5 millimètres depuis la mi-mars et 2 mm seulement depuis le 1er avril ! La situation est tout aussi critique à Orléans avec 3 mm depuis le 1er avril et 7 mm depuis la mi-mars. La ville de Toulouse ne totalise quant à elle moins de 5 mm depuis le début du mois.

A noter que les températures fraîches ont limité l'évaporation et le besoins en eau des plantes mais la remontée des températures fait craindre tôt ou tard des besoins en eau si la pluie ne vient pas. Certaines agriculteurs de l'ouest et du sud ont d'ores et déjà mis en place leur systèmes d'irrigation dans certaines de leurs parcelles...

Y-a-t-il des signes d'amélioration pour ces prochaines semaines ?

Les prévisions pour les prochaines semaines ne sont pas des plus optimistes. Si le temps devient temporairement plus instable au début du mois de mai, il pourrait s'agir d'averses et d'orages assez localisés ne permettant pas une vraie amélioration à l'échelle du pays. A noter que ces précipitations pourraient toucher surtout la partie sud du pays alors que le nord de la France resterait souvent sous l'influence d'un anticyclone installé sur l'Europe du Nord.

Quelle perspectives pour les prochaines années avec le réchauffement ?

Depuis quelques années on observe une tendance de fond avec des mois d'avril de plus en plus chauds et secs. Au cours de la décennie 2011-2020, 7 mois d'avril sur 10 ont connu un déficit pluviométrique. Les anticyclones de blocage sont d'ailleurs de plus en plus fréquents à cette période de l'année avec des flux d'est ou de nord-est récurrents. Une des explications viendrait de plus fréquentes oscillations du Jet Stream (puissant courant d'altitude) en lien avec un vortex polaire (air froid et dense au niveau du pôle) moins concentré et plus mobile avec le changement climatique.

En conclusion ce début de printemps 2021 se distingue très nettement par ses températures basses par rapport aux années précédentes. Les flux de nord ont été puissants et durables contrairement à ces dernières années où les remontées d'air subtropical ont dominé avec des températures élevées.

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