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Réchauffement climatique : les conséquences en montagne

Par Cyrille DUCHESNE, météorologue

Le constat est sans appel... Au cours des dernières décennies, la durée de l'enneigement en montagne a nettement diminué tandis que les glaciers reculent progressivement sous l'effet de la hausse des températures. Précisions sur cette situation avec Cyrille Duchesne, météorologue à La Chaîne Météo.

Crédit : La Chaîne Météo

La Chaine Météo : Pourquoi la montagne est-elle particulièrement touchée par le réchauffement climatique ? 

Cyrille Duchesne :  Précisons tout d'abord que si la variabilité climatique explique que certaines saisons soient plus enneigées que d'autres, la diminution de l'enneigement sur le long terme ne peut être expliquée que par la hausse des températures. Ainsi, le réchauffement climatique observé dans les régions de montagne est effectivement plus important que dans les zones de plaines. Cela s’explique par la réduction progressive des zones couvertes de neige et de glace qui réfléchissent le rayonnement solaire. Lorsque ces zones sont libérées et laissent place à des zones de roches, la chaleur s’emmagasine au lieu d’être restituée vers l’atmosphère. À l’échelle des Alpes, l’accroissement des températures annuelles a été de 2°C au cours du 20ème siècle  alors qu’à l’échelle de la France, il a été de 1,4°C. Le réchauffement observé s’accentue depuis les années 1980 avec actuellement une augmentation des températures de 0,5°C par décennie. Cette hausse équivaut à la différence de température que l’on observe entre deux altitudes séparées par 100 m de dénivelé. A ce rythme-là, il faudra donc monter de 100 m de dénivelé tous les 10 ans pour rester dans les mêmes conditions de température. 

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Crédit : La Chaîne Météo

LCM : Combien de temps encore les stations de moyenne montagne pourront continuer à proposer des activités de sports d'hiver toute une saison ?

CD : Ainsi, la période avec de la neige au sol se réduit à toute altitude. Dans le massif du Mont-Blanc, la durée du manteau neigeux à moyenne altitude s’est réduite de près d’un mois depuis les années 1970. Si la production de neige de culture permet à certaines stations de pallier au manque de neige naturelle, elle nécessite d’importantes réserves en eau pour la produire. Dans un contexte où l'utilisation de ressources naturelles occupe une place de plus en plus importante dans l'approche des stations, cela pose de nouvelles problématiques. Par ailleurs, la hausse des températures réduit également la période d’utilisation des enneigeurs puisqu’il faut que la température soit inférieure ou égale à -2°C pour pouvoir produire cette neige de culture.

LCM : Pourquoi l'enneigement est-il si aléatoire d’une saison sur l’autre ? 

CD : La variabilité de l’enneigement d’une saison à l’autre résulte de la variabilité naturelle du climat dans nos régions tempérées. Certaines saisons comme les hivers 2012-2013 et 2017-2018,  les flux océaniques d’ouest à nord-ouest accompagnés d’air frais et humide dominent et permettent un bon enneigement des stations de montagne à toute altitude. Lorsque les régimes de sud à sud-ouest sont fréquents, les températures sont très douces et seules les stations ayant un domaine à haute altitude profitent de la neige (Tignes, Les deux Alpes, Val-Thorens…). Enfin, certains hivers (2010-2011, 2013-2014), les anticyclones dominent et les perturbations sont peu fréquentes si bien que la neige se fait rare à toute altitude…

LCM : A partir de quelle altitude les stations sont-elles hors de danger ?

CD : Actuellement les stations ayant un domaine skiable suffisant au-dessus de 1800 mètres d’altitude sont celles qui s’en sortent le mieux et qui sont pour le moment hors de danger. Celles situées à moindre altitude mais ayant suffisamment investis dans la production de neige artificielle parviennent aussi à fonctionner correctement. On peut citer le cas de quelques stations des Alpes du Sud où les précipitations sont nettement moins abondantes que sur la partie nord du massif alpin (Risoul, Orcières-Merlette, Montgenèvre…).

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Crédit : La Chaîne Météo

LCM : La neige de culture est-elle une alternative viable ?

La neige de culture est une alternative viable à court terme car elle permet de pallier au manque de neige naturelle dans un contexte de réchauffement encore limité à 2°C depuis le début du XXème siècle. Après 2050, si le réchauffement atteint un scénario à plus de 3°C, la neige de culture ne suffira plus à pallier au manque de neige naturelle. De nombreuses stations de sports d’hiver ont d’ores et déjà investi dans le développement d'activités en toute saison : parcs accrobranches, tyroliennes, luges sur rails, piscines couvertes, circuits de randonnées et pistes de VTT... Cela permet aux stations de pallier le manque de neige et aux vacanciers d’avoir une large gamme de loisirs.

LCM : A quoi s’attendre d’ici la fin du siècle ?

CD : Des projections climatiques réaliséesutilisant plusieurs scénarios de teneur en gaz à effet de serre dans l'atmosphère utilisés par le GIEC indiquent à l'horizon 2050 une réduction de la durée d'enneigement  de plusieurs semaines et une réduction de l'épaisseur moyenne hivernale de 10 à 40 %, en moyenne montagne. « A l'horizon 2100, dans le cas de fortes réductions des émissions de gaz à effet de serre et l'atteinte de la neutralité carbone planétaire d'ici 2050, les simulations indiquent une stabilisation des conditions d'enneigement au niveau atteint en milieu de siècle. En cas de fortes émissions, la réduction de l'épaisseur moyenne hivernale pourrait atteindre 80 à 90 %, avec une durée d'enneigement très limitée, et un manteau neigeux régulièrement inexistant en moyenne montagne. »

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Crédit : La Chaîne Météo

LCM : La fonte des glaciers va-t-elle s’accélérer ?

CD : Sur la période 1970-2015, le glacier d'Argentière a perdu près de 20% de sa surface, la Mer de Glace près de 10% et Les Bossons environ 7%. Le retrait est encore pire pour des glaciers plus petits et à plus basse altitude. Le dernier rapport de groupe d'experts du climat de l'ONU (GIEC) sur les océans et les zones glacées, publié en septembre 2019 indiquait que les glaciers de la planète, ceux de basse altitude dans les Alpes, le Caucase ou la Scandinavie pourraient perdre 80% de leur volume d'ici 2100 et beaucoup pourraient disparaître, même en limitant le réchauffement. 

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