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Saison cyclonique 2020 en Atlantique : l'année de tous les records !

Par Regis CREPET, météorologue

Alors que la saison cyclonique 2020 se termine le 30 novembre prochain, le nombre de phénomènes à s'être développés a battu le record de l'année 2005 avec 29 phénomènes nommés contre 28 en 2005 !

Saison cyclonique 2020 en Atlantique : l'année de tous les records !

Une saison cyclonique record en Atlantique Nord !

La saison cyclonique dans l’Atlantique nord s’étend du 1er juin au 30 novembre avec statistiquement un maximum d’activité en septembre. Si les tempêtes tropicales sont nombreuses à se former dans l'Atlantique comme c'était envisagé par les prévisionnistes américains, 12 d'entre elles ont atteint le stade d'ouragan à la date du 11 novembre et trois le stade d'ouragan majeur, notamment l'ouragan Laura qui a frappé le sud-est des Etats-Unis en catégorie 4 sur 5 fin août 2020.

Si l'intensité des cyclones est néanmoins loin d'être remarquable, le caractère exceptionnel de la saison vient du nombre de phénomènes cycloniques déjà formés à cette époque de l'année. Avec 29 phénomènes tropicaux recensés actuellement, la saison record de 2005 avec 28 phénomènes tropicaux vient d’être battue. La saison 2020 dure statistiquement jusqu'au 30 novembre.

On note qu'après avoir épuisé la liste pré-établie des noms des ouragans pour la saison 2020, il a été nécessaire de la prolonger en utilisant les lettres de l'alphabet Grec. Cette situation, rare, avait été observée également lors de l'année record 2005.

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Crédit : La Chaîne Météo

Un peu d'histoire récente

Pendant la saison cyclonique de 2019, 18 phénomènes avaient été observés dont 6 ouragans. La majeure partie des phénomènes cycloniques en Atlantique se sont produits en mer et n'ont pas directement impacté des terres, hormis le réçent ouragan Laura en Lousianne et maintenant "Delta" qui menace la Lousiane à partir de vendredi après avoir frappé la province mexicaine du Yucatan ce 7 octobre.

Il faut ainsi rappeler que l'année 2005 avait été l'année de tous les records, avec 28 phénomènes tropicaux dont 15 ouragans (dont 8 majeurs, notamment avec Katrina).

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Dans le passé, la saison 1995 avait été également remarquablement active avec 21 phénomènes cycloniques dont 11 ouragans et 5 majeurs. Les trois années les plus actives dans l'histoire moderne sont celles de 1933, 2005 et 1887.

Rappelons que les prévisions saisonnières envisageaient une saison supérieure à la normale (en termes de nombre de phénomènes cycloniques), en raison de la survenue prévue de La Nina dans l'Océan Pacifique dont l'un des effets est de renforcer l'activité cyclonique en Atlantique, ce qui est le cas jusqu'à présent.

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Une saison cyclonique faible pour l’instant dans l’océan Pacifique Nord-ouest

La saison des cyclones s’étend également de juillet à novembre dans le nord-ouest de l’océan Pacifique. Dans cette région du globe on les appelle des typhons. Ce sont les mêmes phénomènes que les ouragans, classés de la même façon sur une échelle équivalente à celle de Saffir-Simpson allant de 1 à 5. Lorsqu’ils atteignent et dépassent la catégorie 3, on les appelle alors des "super typhons", à l’instar des ouragans majeurs de l’Atlantique. 

Cette année, la saison a démarré faiblement en juillet et août avec 13 phénomènes cycloniques comptabilisés dont 7 typhons (avec notamment Vongfong, Hagupit et Mekkhala, Maysak et Haisen). Actuellement, le nombre total de phénomènes cycloniques reste inférieur à la moyenne (13 phénomènes observés jusqu'à maintenant pour une moyenne annuelle de 26, dont 7 typhons pour une moyenne annuelle de 16). Là aussi, les prévisions saisonnières cycloniques avaient anticipé une saison peu active, également en liaison indirecte avec la Nina dont l'un des effets est de renforcer les alizés dans l'océan Pacifique, lesquels inhibent les formations dépressionnaires tourbillonnaires nécessaires à la naissance des ouragans.

Quelles perspectives pour la suite de la saison cyclonique?

Au vu de la situation actuelle, on peut s'attendre à une activité cyclonique toujours soutenue en Atlantique nord en raison de la configuration liée à la Nina et de températures de l'eau de mer toujours chaudes et supérieures de +1°C à +2°C par rapport aux normales dans la zone de l'Atlantique tropical. Cependant, les eaux du Golfe du Mexique ont été rafraichies par le passage des différents phénomènes précédents et sont légèrement inférieures aux moyennes, ce qui pourrait minimiser le développement de "Delta" lors de sa remontée vers la Louisiane.

Dans le Pacifique, les températures de l'eau avaient été rafraichies près des Philippines et du Japon après le passage des derniers typhons en septembre. Cela a momentanément fait baisser le risque de nouveau phénomène, mais avec leur nouvelle hausse (+2°C au-dessus des moyennes), elles peuvent constituer un facteur de risque pour ces prochaines semaines. La Nina, en plein développement, devrait cependant jouer son rôle de modérateur de cette activité cyclonique.

Dans l'Océan Indien, la saison cyclonique 2020/2021 va débuter en novembre pour concerner la Réunion et Madagascar. Là aussi, en raison de la Nina, avec des eaux de surface plus fraîches que les moyennes et  la présence des alizés, la saison à venir pourrait être peu active.

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Le nombre d'ouragan augmente-t-il avec le réchauffement climatique ?

Contrairement aux idées reçues, le nombre total de phénomènes cycloniques est en légère diminution sur la planète depuis le début des relevés en 1851. Ce nombre était en augmentation dans l’Atlantique Nord entre 1950 et 1970 avant une baisse entre 1970 et 1990. La courbe est repartie à la hausse entre 1995 et 2010 avant cette dernière décennie anormalement calme. Le pic de 2017 marque donc un retour à la normale dans l’océan Atlantique Nord. Face à ce constat, la question du rôle du réchauffement climatique dans l’évolution du nombre d’ouragans en Atlantique Nord n’est pas probant, ce qui est reconnu à la fois par le GIEC (Groupe Intergouvernemental d’experts sur le climat) et par la NOAA, qui indique “ Il est prématuré de conclure que les activités humaines  (et en particulier les émissions de gaz à effet de serre) ont un impact détectable sur les ouragans de l’Atlantique ou sur l’activité cyclonique mondiale .” (2). Le réchauffement climatique planétaire aurait plutôt tendance à augmenter la puissance des ouragans formés, qui atteignent plus rapidement les catégories maximales, ainsi que les cumuls pluviométriques associés, plus abondants d'environ 20 à 30 %. 

En revanche certaines études semblent indiquer que si le nombre d’ouragans n’augmente pas, voire diminue, leur puissance pourrait être accrue (3), ce qui se mesure en « énergie accumulée » (ACE index), dont 2017 est la quatrième après 2005, 1995 et 2004. Cette énergie aurait augmenté de 70% depuis 30 ans alors que le nombre d’ouragans restait stable, voire en baisse pour l’Atlantique Nord. Selon ces études, le nombre d’ouragans « majeurs », au moins égaux à la catégorie 3/5, serait en augmentation, alors que le nombre total des phénomènes pourrait baisser. Mais pour d’autres experts, l’augmentation de fréquence de ces ouragans majeurs pourrait tout simplement résulter de la variabilité naturelle du climat, sans aucun lien avec le réchauffement (4) d’origine anthropique.

Nota : les études les plus récentes continuent à projeter une hausse assez forte, pour la deuxième partie du XXIe siècle, du nombre des cyclones tropicaux associés à des vents d’au moins 115 nœuds à l’échelle globale (Knutson et al., 2015). L’Atlantique Nord fait partie des régions où les modèles projettent une activité forte des ouragans extrêmes dans le futur. Pour l’instant, il est difficile de déceler un signal net de l’effet du changement climatique, compte tenu des cycles multi-décennaux et interannuels.

 

NOTES : 

(1) Tropical Storm Risk / CSU (université d’état du Colorado) / NCSU / Met Office / NWS-NOAA / CEPMMT (modèle européen).

(2) Global Warming and Hurricanes, février 2019

(3) Nature, 2005 / Geophysical Research Letters (2009) / Douglas J. Collins, FCAS, MAAA (2018)

(4) Freeman Dyson, physicien, professeur émérite / Laboratoire de dynamique des fluides géophysiques de Princeton : “Parce qu'il y a la variabilité naturelle du climat, vous ne pouvez pas trancher avant au moins 150 ans” (citation du 10 avril 2007). Christopher Landsea, météorologue à la NOAA, spécialiste des ouragans: « le réchauffement climatique augmente peut-être la force du vent des ouragans, mais de sûrement pas plus que 1 ou 2%”. (University of Colorado, 17.1.2005).

 

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