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La neige précoce en montagne annonce-t-elle une bonne saison ?

Par Regis CREPET, météorologue

Nos massifs français bénéficient d'un enneigement exceptionnel depuis la fin septembre pour cette période de l'année. Ces neiges précoces augurent-elles d'une saison hivernale remarquable? Analyse statistique au vu de ces 10 dernières années.

La neige précoce en montagne annonce-t-elle une bonne saison ?

Depuis la fin septembre, la neige est tombée en abondance à plusieurs reprises sur nos montagnes françaises ainsi que chez nos voisins (Alpes suisses, italiennes et autrichiennes). Dans un flux orienté au secteur nord, avec la présence de gouttes froides sur la France, les précipitations sont en effet tombées sous forme de neige dès 1000 à 1200 m d'altitude, constituant un manteau de 10 à 20 cm à 1400 m, et dépassant 60 cm à 1 m vers 2500 m d'altitudes selon les versants. En versants nord, les Alpes et les Pyrénées ont reçu des chutes de neige dont les épaisseurs sont équivalentes à celles d'un début décembre en général.

Enneigement précoce et suite de l'hiver : que disent les statistiques ?

Les cas de figure ne sont pas les mêmes en fonction des massifs et en fonction de la précocité des chutes de neige. Généralement, des chutes de neige en septembre sont encore considérées comme "estivales" (en effet, il peut neiger toute l'année en montagne, même au coeur de l'été certaines années). Mais cette année, en arrivant à la mi-octobre, on peut déjà parler de "neige d'automne" précoces, qui conditionneront une partie de la suite de l'hiver avec la constitution, en haute montagne, des premières sous-couches qui tiendront tout l'hiver. Pour autant, les chutes de neige d'automne se produisent plutôt en novembre, où elles sont parfois abondantes, comme en novembre de l'année dernière.

Si l'on regarde les observations d'enneigement dans les Pyrénées au cours des dernières années, on voit que différents cas de figure se sont produits après un bon enneigement précoce.

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Crédit : La Chaîne Météo

Le début de saison 2010-2011 a ressemblé à celui que nous connaissons dans les Pyrénées. Fin novembre, l'enneigement avait atteint celui d'un mois de janvier sur l'ouest de la chaîne pyrénéenne. Mais dès le début du mois de décembre, un temps doux et pluvieux a mis à mal le manteau neigeux. Par la suite, le temps a été durablement sec jusqu'à la mi février. Au coeur de la saison, l'enneigement a finalement été l'un des plus bas jamais observé en dessous de 2000 mètres d'altitude. Il a fallu attendre la toute fin du mois de février et le début du mois de mars pour retrouver des chutes de neige conséquentes, mais le redoux au début de printemps a rapidement fait fondre la neige. La saison de sports d'hiver 2010-2011 a finalement été l'une des plus défavorables sur le massif pyrénéen.

Au cours de la saison 2012-2013, de fortes chutes de neige se produisent à relativement basse altitude entre fin novembre et début décembre avec 150 cm de neige à Cauterets observé au 10 décembre. Il s'ensuit une période où l'enneigement redevient déficitaire entre fin décembre et le début du mois de janvier. Par la suite, le temps redevient très perturbé et les chutes de neige sont quasiment quotidiennes entre la mi-janvier et la mi-février. L'enneigement bat alors des records avec 3 m à la mi-février à 1800 m et plus de 4 mètres à 2500 m ! Jusqu'au début du mois d'avril, le temps perturbé et les chutes de neige fréquentes maintiennent un enneigement exceptionnel sur la majeure partie de la chaîne.

Dans les Alpes du Nord, les deux dernières saisons de sports d'hiver ont connu un déficit d'enneigement important en début de saison mais les précipitations neigeuses ont fait leur retour de manière assez fréquentes au coeur de l'hiver avec des fluctuations importante de la limite pluie-neige. Au final le bilan a été positif à moyenne et haute altitude, plus difficile pour les stations situés à basse altitude. Si l'on prend maintenant l'exemple de la saison 2010-2011, on a observé un enneigement précoce sur les Alpes du nord avec plusieurs offensives neigeuses dès l'automne. Par la suite, la situation se dégrade avec des redoux pluvieux et un enneigement qui devient déficitaire dès Noël. En janvier et février des conditions anticycloniques s'installent durablement si bien qu'à la fin du mois de février, l'enneigement est l'un des plus faibles pour cette époque de l'année. Les quelques chutes de neige observées en mars ne suffiront pas à rétablir un enneigement correct. Au final, la sécheresse de cet hiver aura été la principale responsable d'un hiver très déficitaire en neige sur nos montagnes.

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Crédit : La Chaîne Météo

Pour les Alpes du sud, la situation est plus égale avec un schéma assez classique : les chutes de neige les plus abondantes se produisent souvent à l'automne, en liaison avec les épisodes méditerranéens qui apportent des pluies torrentielles et de fortes chutes de neige en altitude, généralement au-dessus de 1600 m. Mais en raison de la haute altitude du massif et des domaines skiables, ces fortes chutes de neige d'automne suffisent à constituter une couche assez importante pour passer l'hiver dans des conditions satisfaisantes, même si le reste de la saison est sec.

Enfin, la problématique est différente pour les massifs les moins élevés : sous 1400 m, les chutes de neige précoces ne tiennent pas longtemps et fondent lors des épisodes de redoux et de lessivage : il n'y a pas d'effet d'accumulation avant le mois de décembre pour ces massifs, avec, certains hivers, des fontes quasi totales parfois même au coeur de la saison. 

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Crédit : La Chaîne Météo

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