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L'humidité et la fraîcheur donnent-elles des douleurs articulaires ?

Par Quentin PERCEROU, rédacteur

Lors d’une météo très perturbée et fraîche, comme c’est le cas cette semaine, certaines personnes se plaignent de douleurs chroniques. Lombalgies, arthrose, rhumatismes… les douleurs semblent se réveiller, ou empirer, quand l’atmosphère s’humidifie et se rafraîchit. Y a-t-il vraiment un lien prouvé entre ces douleurs et la météo ?

Les individus les plus sensibles se disent capables de prévoir un changement de temps à partir du réveil, ou de l’accentuation, de leurs douleurs chroniques. Toutefois, contrairement à ce qu’affirment ces personnes dites “météosensibles”, le lien entre la météo et les douleurs chroniques, tels que les rhumatismes ou l'arthrose, n’est pas prouvé scientifiquement.

L’explication : une question de pression atmosphérique

La variation de la pression jouerait sur les douleurs articulaires, notamment celles du genou. Comment ? Des récepteurs se trouvant dans les articulations et les tendons, dits barorécepteurs, sont sensibles à la variation de la pression atmosphérique. Un temps pluvieux étant souvent corrélé à des pressions basses, ces dernières joueraient un rôle sur ces récepteurs sensibles à la pression. Cette explication semble indiquer que les personnes atteintes de rhumatismes peuvent, à partir de ces douleurs, prévoir le mauvais temps quand leurs douleurs s’intensifient.

La science peine à prouver le lien entre douleur et météo

Diverses études ont été menées pour vérifier la croyance selon laquelle un temps perturbé, et de surcroît frais, jouerait sur les douleurs rhumatismales et l’arthrose.

En 2014, des chercheurs néerlandais se sont intéressé à des patients atteints d’arthrose. Ces patients n’étaient pas au courant du sujet de recherche. Après avoir croisé leurs symptômes avec les conditions climatiques, les chercheurs n’ont pas pu démontrer de véritable corrélation.

En 2016, 345 malades ont été suivis sur une période de 3 mois par des chercheurs australiens cette fois. Ils devaient, quand les douleurs rhumatismales s’éveillaient, les renseigner dans un site web dédié. Lorsque le site web était renseigné, les chercheurs collectaient alors les données météorologiques du même jour. L’échantillon de personnes n’était pas au courant du sujet d’étude. Sur cette période, seulement 171 personnes ont indiqué avoir ressenti des douleurs. Mais encore une fois, aucun lien entre un temps perturbé et ces douleurs n’a été statistiquement significatif aux yeux des chercheurs.

La même année, en 2016, une équipe de chercheurs de l’université de Manchester a aussi fait son expérience sur un échantillon de 9000 individus. Elles ont décrit l’intensité de leurs douleurs articulaires tous les jours pendant 9 mois. Comme pour l’étude néerlandaise, les chercheurs de Manchester ont croisé ces récits avec les données météorologiques des villes de Leeds, Manchester et Norwich. Les résultats présentés en septembre 2016 sont contradictoires avec les deux études précédentes ! Quand la météo était ensoleillée et douce en juin, les personnes interrogées se plaignaient moins. A l’inverse, quand l’humidité augmentait, les douleurs décrites étaient plus intenses. Toutefois, l’échantillon d’individus semblait être au courant de la recherche de cette expérience compte tenu de son intitulé “Cloudy with a chance of Pain” (trad. temps nuageux avec probabilité de douleurs).

Le côté psychologique de la météo aurait aussi un impact

Sur la base de ces études contradictoires, on ne peut affirmer scientifiquement qu’il y ait un lien entre un temps froid et humide et les douleurs chroniques, tels que l’arthrite et les rhumatismes. 

Il est possible que les personnes atteintes de rhumatismes commettent ce qu’on nomme des “biais cognitifs”, c’est-à-dire qu’elles traitent une information de façon erronée. Il est tout à fait possible que ces personnes accusent le temps humide quand ils ressentent des douleurs. Elles émettent ainsi un lien causal entre deux événements (la météo et les douleurs) qui ne sont pas nécessairement corrélés. C’est ce qu’on appelle un biais de corrélation illusoire.

De même, les patients de l’étude de Manchester en 2016, s’ils étaient au courant de la recherche de l’étude, auraient très bien pu dramatiser leur récit quand le temps était humide afin de valider leur propre croyance. C’est ce qu’on appelle ici un biais de confirmation d'hypothèse.

Pour l’heure, une chose est sûre, le lien entre humidité et froid et douleurs chroniques n’a pas fini de tirailler la science.

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