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Ouragan Dorian : quelles conséquences en Europe ?

Regis CREPET

Par Regis CREPET, météorologue
mis à jour le

Jusqu'à ce week-end, l'ouragan Dorian longe toute la côte Est des Etats-Unis puis les provinces maritimes du Québec. A partir de lundi prochain, il sera repris dans le courant de sud-ouest perturbé classique de l'Atlantique nord et devrait se diriger sous la forme d'une dépression vers l'Europe.

L'ouragan Dorian balaie toute la côte est des Etats-Unis, remontant jusque sur les côtes du Québec pour ce week-end. Ensuite, il se dirigera vers l'Europe, mais l'anticyclone situé au milieu de l'océan jouera son rôle protecteur naturel, en propulsant Dorian vers les hautes latitudes où il se comblera.

La côte Est américaine et le Québec menacés

Dans un premier temps, l'ouragan Dorian poursuit comme prévu sa remontée le long des côtes étasuniennes, frôlant de très près la Caroline du Nord au niveau du Cap Hatteras. Ensuite, pour le week-end, Dorian poursuivra son incurvation vers le nord-est, passant très au large de New York (entre 200 et 300 km) mais en rejoignant les provinces maritimes du Québec : la Nouvelle-Ecosse doit s'attendre à une situation de violente tempête samedi, puis ce sera au tour de Saint Pierre et Miquelon (Terre-Neuve) dimanche.

© La Chaîne Météo

Direction l'Islande

Lundi, Dorian sera devenu une dépression extratropicale et sera repris dans la circulation atmosphérique d'ouest et passera du sud du Groenland vers l'Islande, qu'il atteindra mardi. A ce moment-là, la pression atmosphérique sera remontée aux alentours de 980 hPa, ce qui est très modéré pour ces hautes latitudes. La dépression devrait même se combler progressivement après son passage sur l'Islande et mourir aux portes de l'océan Arctique.

© La Chaîne Météo

Une trajectoire classique

La remontée de Dorian tout le long de la côte est de l'Amérique du Nord n'est pas si courante sur une telle distance, mais procède d'une logique météorologique implacable : l'ouragan est piloté par l'anticyclone atlantique d'un côté, et bloqué de l'autre coté par un anticyclone situé sur les terres américaines. Il s'est donc frayé un passage entre les deux, bien alimenté par l'humidité chaude dégagée par la mer.

De même, le passage d'un ex-ouragan jusque sur les provinces maritimes du Québec n'est pas rare : l'ouragan Irène, fin août 2011, avait suivi une trajectoire assez semblable à celle de Dorian, remontant aussi des Bahamas.

La barrière de l'anticyclone

Ensuite, la plupart des ex-ouragans issus de l'Atlantique tropical sont repris dans la circulation d'ouest des hautes latitudes, et bifurquent vers l'est-nord-est. Ils contournent, en réalité, l'anticyclone situé au milieu de l'Atlantique. Il s'agit d'une ceinture de hautes pressions reliant les Bermudes aux Açores. La remontée même de ces ouragans renforce les hautes pressions, les empêchant généralement d'atteindre les côtes européennes. On peut dire que "l'anti-cyclone" joue son rôle naturel.

Des exceptions

Il arrive cependant que d'anciens ouragans atteignent les côtes européennes. Les archives ne manquent pas de signaler ces "tempêtes d'automne" provenant d'anciens ouragans. Plus près de nous, les ex-ouragans Debbie en 1961, Chloé en 1967, ou encore Hortense en 1984 ont touché terre sur nos côtes atlantiques et sur les îles britanniques. Mais les ouragans qui menacent le plus nos côtes européennes ne sont pas ceux qui proviennent des Caraïbes, mais plutôt ceux qui se forment au large de l'Afrique du Nord, entre le sud des Açores et le Portugal. Ils sont plus rares, mais ne sont pas freinés, dans leur remontée, par l'anticyclone. Bien que de catégorie plus faible que les ouragans des Caraïbes, ceux-là menacent directement l'Europe.

Ces dernières années ont été marquées par des exemples retentissants d'ex-ouragans atteignant les côtes européennes. On se souvient de l'ouragan Ophelia qui, en octobre 2017, est remonté des Açores vers l'Irlande, en frôlant le Portugal. Des rafales de vent à près de 190 km/h ont frappé le sud de l'Irlande. Puis, en octobre 2018, l'ouragan Leslie a touché le Portugal après avoir erré une dizaine de jours au milieu de l'Atlantique : des rafales de vent de 130 km/h ont touché la région de Lisbonne. Une autre a même atteint 176 km/h à Figueira da Foz !

On le voit, même si l'Europe n'est pas exempte du risque d'ouragan en provenance de l'Atlantique, ceux-ci restent peu fréquents et surtout moins forts que du côté des Etats-Unis. A cet égard, nos tempêtes hivernales classiques sont souvent plus violentes que ces anciens ouragans, qui perdent, au fur et à mesure de leur approche, leurs caractéristiques tropicales.

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