Incendies en Russie : la menace nucléaire ?
incendies russie © LCM
La canicule qui se prolonge en Russie (entre 35 et 40°C relevés quotidiennement sur l'ouest de la Russie depuis la mi-juillet) et les incendies de forêts qui menacent de toucher la région de Tchernobyl vous font réagir, et vous êtes nombreux à nous poser la question d'un "potentiel risque de nuage nucléaire " émanant des feux de forêt.
Le contexte général : une canicule record...
Alors que la canicule, déja historique depuis la mi-juillet, atteint son point culminant entre ce vendredi et samedi, les incendies restent d'actualité aux confins de la Russie et de l'Ukraine, plongeant la région de Moscou dans une épaisse fumée. L'ambiance est suffocante, car ce " brouillard de fumée " accroît les difficultés respiratoires, par une température qui a atteint ce vendredi 39°C, soit le record absolu pour la capitale Russe.
L'inquiétude actuelle des Pouvoirs Publics est l'extension des incendies vers les forêts Ukrainiennes, c'est à dire au sud-ouest de Moscou, aux confins de la Russie, de la Biélorussie et de l'Ukraine. Malgré une amélioration sur le front des incendies de forêt (constituées surtout de résineux), ce sont les tourbières qui brulent (herbes sèches et matières végétales décomposées, que l'on trouve aussi en France), dégageant une épaisse fumée : ces feux se propagent en brulant aussi les champs de blé...
Vendredi, les autorités russes estimaient que 229 hectares de tourbières brûlaient à proximité de Moscou, soit six fois plus de surface que la veille. La situation ne devrait pas s'améliorer durant au moins trois jours, en raison notamment de la direction des vents dominants. Les observations atmosphériques effectuées ces derniers jours ne sont d'ailleurs en rien optimistes. Selon l'organisme MosEcoMonitoring, la concentration de microparticules dans l'air moscovite a dépassé la norme "supportable maximale" de plus de 5,2 fois en fin de matinée vendredi, à l'un des capteurs situé à quelques centaines de mètres du Kremlin.
Dans leur progression, ces feux menacent des dépots de munition (ce qui a nécessité l'évacuation de plusieurs milliers d'habitants au sud-ouest de Moscou).
Plus inquiétant : les feux de forêt pourraient embraser la région de Tchernobyl, dont le sol et les végétaux avaient été irradiés lors de l'explosion de la centrale nucléaire en 1986, à la frontière avec l'Ukraine et la Biélorussie, car " si un incendie s'y déclarait, des substances radioactives pourraient s'envoler avec la fumée et une nouvelle zone polluée apparaîtrait ", selon le Ministre des situations d'urgence.
Rappelons que la zone de Tchernobyl est située au Nord de l'Ukraine, à une centaine de kilomètres de Kiev, à la frontière avec le Belarus.
Que craindre ?
Sans rentrer dans des considérations physiques, et sans préjuger du risque de radiation, les fumées qui seraient issues de cette zone de forêts "contaminées" se propageraient en fonction des vents dominants, un peu à l'image des cendres du volcan islandais.
Evolution de ces nuages de fumée : un week-end à risque...
Durant ce week-end, les vents restent orientés au sud à sud-est, ce qui laisse l'ouest de l'Europe en dehors de toute menace immédiate, protégée par des vents d'ouest venant de l'Atlantique.
En revanche, les vents brulants, chargés de fumées éventuellement nocives, vont remonter vers le nord, en direction du Belarus (Minsk), et même sur la Pologne, voire l'est de l'Allemagne, puis jusqu'au niveau de la Mer Baltique : Lithuanie, Estonie, voire même la Finlande. La Scandinavie pourrait subir alors dimanche et lundi la retombée de pluies de particules de cendre, mais des orages pourraient " laver " l'atmosphère, faisant retomber les particules au sol et dans les lacs.
Quels seraient les risques ?
Selon Jacky Bonnemains, président de l'Association écologiste " Robin Des Bois ", nous partons d'un constat déjà vérifié par le passé : quand des incendies de forêt atteignent la dimension prise en Russie, cela devient une catastrophe internationale et non plus seulement nationale. Les fumées, les suies et les cendres sont alors transportées dans l'air au gré des courants atmosphériques sur des centaines, voire des milliers, de kilomètres. On l'a encore par exemple noté ces dernières années avec les incendies en Grèce en 2007 et en Californie l'année dernière.
Toujours selon Jacky Bonnemains, les risques sont de deux sortes. Le premier concerne les forêts et les tourbières impactées par les retombées de Tchernobyl. Elles constituent des accumulations préférentielles de radioactivité et un endroit naturel de stockage. Or les incendies remobilisent les particules radioactives et les transportent dans les fumées sur des milliers de kilomètres au gré des courants atmosphériques. C'était d'ailleurs un effet prévisible, attendu et différé de Tchernobyl. Evidemment, le niveau de radioactivité sera moins moindre qu'en 1986. Mais cette radioactivité peut se déposer sur les terrains agricoles et donc contaminer la chaîne alimentaire.
L'évolution météorologique dans les prochains jours :
Lundi et mardi prochains, le vent va tourner au secteur sud-ouest sur ces régions, repoussant alors la chaleur et les fumée davantage sur la Russie (dont la région de Moscou), mais au moins, les températures vont lentement baisser entre mardi et mercredi, passant de 39° à 30° environ... Ainsi, les éventuels feux de forêts de la région de Tchernobyl pourront se calmer sous les actions conjuguées des orages attendus lundi, de la lutte des Pompiers et de la baisse des températures.
Mais la véritable fin de ces fortes chaleurs n'est pas attendue avant le 15 ou 16 août, avant un net rafraichissement et des pluies prévues autour du 20 au 23 août...
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