Iceberg A23a : la piscine géante qui pourrait accélérer la fin d’un colosse antarctique
L’iceberg A23a, l’un des plus grands au monde, se couvre de vastes lacs d’eau de fonte bleu turquoise visibles depuis l’espace. Ces « piscines » fragilisent la glace et pourraient accélérer sa dislocation dans l’Atlantique Sud.
L'iceberg A23a a viré au bleu ciel, ce qui n'est pas un signal très positif © Nasa
Vu de l’espace, l’iceberg A23a, l’un des plus anciens et des plus massifs jamais suivis, se couvre de vastes étendues d’eau de fonte bleu turquoise. Ce phénomène spectaculaire n’a rien d’anecdotique : ces « lacs » en surface fragilisent la glace et peuvent précipiter sa dislocation, alors que le bloc dérive dans l’Atlantique Sud, non loin de la Géorgie du Sud.
Un iceberg hors normes, en bout de course
A23a s’est détaché de la plate-forme de glace Filchner en 1986. Longtemps immobilisé, il a ensuite repris sa dérive vers le nord, au gré des courants de l’océan Austral. Début janvier 2026, son emprise reste gigantesque, mais il a nettement rétréci : sa superficie est désormais de l’ordre de 1 000 à 1 200 km² selon les estimations, ce qui en fait encore un “méga-berg”, même s’il n’est pas systématiquement le plus grand recensé à un instant donné.
La “piscine” en surface : ce que montrent les satellites
L'iceberg A23a vu du satellite avec ses zones bleues bien distinctes © Nasa
Les dernières images satellites révèlent des bandes et nappes bleues : ce sont des mares et des lacs d’eau de fonte qui s’accumulent en surface. Cette teinte turquoise vient d’un mécanisme simple : l’eau liquide absorbe une partie du rayonnement et laisse ressortir une couleur bleutée, renforcée par le fond de glace très réfléchissant. Résultat, un aspect de “lagon” saisissant… mais qui signe aussi une fragilisation avancée.
Pourquoi ces lacs peuvent faire « craquer » l’iceberg
Ces accumulations d’eau alourdissent localement la surface et surtout peuvent s’infiltrer dans les fractures : l’eau exerce une pression et élargit les fissures, un mécanisme connu pour accélérer la fragmentation de la glace. C’est l’un des scénarios les plus redoutés pour les grandes masses glacées en phase de fonte : la surface se fissure, l’eau s’y engouffre, puis la structure peut céder plus rapidement sous l’action combinée de la houle, des marées et d’eaux plus douces. Les observations vont dans ce sens : A23a apparaît gorgé d’eau de fonte, avec des indices de drainage et une structure plus fragile, donc plus sensible aux contraintes mécaniques lors de sa dérive en Atlantique Sud.
Où se situe le risque… et pourquoi on le surveille de près
La zone de dérive d’A23a, vers l’Atlantique Sud et les abords de la Géorgie du Sud, est typique des routes où de nombreux icebergs finissent par se disloquer : la houle y est plus énergique et les eaux plus tempérées qu’au cœur de l’océan Austral. Pour la navigation, le danger ne vient pas tant du bloc principal, bien repéré, que des fragments issus de la dislocation : plus nombreux, parfois plus difficiles à suivre, ils peuvent compliquer les activités maritimes.
Sur le plan scientifique, l’intérêt est aussi écologique : en se fragmentant et en fondant, un tel iceberg libère de l’eau douce et peut remobiliser des nutriments, susceptibles d’influencer localement la productivité marine. C’est un laboratoire naturel rare pour suivre, en direct, les interactions entre glace, océan et écosystèmes.
Les prochaines semaines seront décisives : si les lacs de fonte persistent et que la houle « travaille » davantage les flancs, A23a pourrait se morceler rapidement en une myriade de blocs, moins impressionnants, mais plus contraignants à surveiller. Dans tous les cas, cet iceberg offre un signal très visuel d’un processus bien réel : quand l’eau s’installe au sommet de la glace, la fin d’un géant peut s’accélérer.