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Coronavirus COVID-19 : l'été ralentira-t-il l'épidémie ?

Par Quentin PERCEROU, rédacteur

La recherche scientifique avance toujours plus sur le coronavirus COVID-19. Les résultats préliminaires de l’influence de la météo sur le virus laissent entrevoir un espoir selon lequel l’épidémie pourrait être ralentie grâce à l’élévation des températures et un taux d’humidité élevé. Une nouvelle étude nuance cette hypothèse.

Coronavirus COVID-19 : l'été ralentira-t-il l'épidémie ?

Après la parution d’études chinoises sur la propagation et la mortalité du coronavirus COVID-19, une étude réalisée par Qasim Bukhari et Yusuf Jameel du Massachusetts Institute of Technology (MIT) s’intéresse au lien entre température, humidité et propagation du virus sur une période s’écoulant du 20 janvier au 19 mars 2020. Les chercheurs entendent répondre à la question “est-ce que l’été ralentira l’épidémie ?”.

Les pays tropicaux moins exposés à l’expansion de l’épidémie

Pour Bukhari et Jameel, l’évolution de l’épidémie pourrait être freinée par des températures et un taux d’humidité élevés. Cette hypothèse est basée sur les données épidémiologiques de plusieurs pays et les relevés de température et d’humidité absolue* sur la période du 20 janvier au 9 mars 2020.

Pour les pays tropicaux, chauds et humides, tels que la Malaisie, Singapour et la Thaïlande (température supérieure à 17°C et l’humidité absolue de l’air supérieure à 10 g/m3), les chercheurs constatent une propagation plus lente du virus que dans les pays plus froids (avec un température comprises entre 3 et 17°C) et plus secs (humidité absolue comprise entre 3g/m3 et 9g/m3), comme l’Italie, les états de New York et Washington aux Etats-Unis.

Pour l’Amérique du Nord, les chercheurs indiquent également une propagation plus lente du virus dans les états du sud, soumis à des conditions plus chaudes et humides que les états du nord, à quelques exceptions près, comme la Louisiane (sud) qui compte plus d’un millier de cas alors que l’Oregon (nord-ouest) n’en compte que deux cents.

Quelles conclusions les chercheurs tirent-ils de leur enquête ?

Bukhari et Jameel estiment que les pays connaissant des taux élevés d’humidité absolue, à l’instar des pays tropicaux, devraient observer une propagation plus faible du virus SARS-CoV-2. Les chercheurs anticipent même une accalmie lors des moussons. Cependant, ils ne pensent pas que la seule élévation des températures pourrait diminuer l’épidémie de coronavirus.

En effet, les chercheurs ont observé 10 000 nouveaux cas confirmés sur la période du 10 au 21 mars dans des régions du monde où les températures se situaient entre 16°C et 18°C. Ce qui met en difficulté l’hypothèse selon laquelle l’élévation des températures diminuerait l’épidémie de coronavirus. Bukhari et Jameel préviennent aussi que les pays européens et états d’Amérique du Nord ne doivent pas compter sur l’élévation des températures pour voir l’épidémie se stabiliser, étant donné que les normales de température d’avril à mai sont inférieures à 20°C pour la plupart de ces territoires. Et même si ces régions dépassent ce seuil, comme plusieurs villes de France où la moyenne des températures est supérieure à 20°C l'après-midi en juin, l'humidité n'y serait pas suffisante.

Selon les auteurs de l'étude, le taux d’humidité absolue des régions d'Europe et d'Amérique du Nord est la plupart du temps inférieur à 10 g/m3. Or, c’est à partir de ce seuil que les chercheurs pensent que l’humidité freine la propagation du virus. Hormis pour quelques régions de ces continents entre juillet et août, ces taux d’humidité ne seront pas ou peu atteints.

Les chercheurs restent prudents quant aux conclusions préliminaires de leur étude. Ils demandent à faire davantage d’expériences en laboratoire pour pouvoir mieux contrôler les différents paramètres, principalement température et humidité, sur le coronavirus et déterminer avec plus de certitude la relation qui sous-tend ces trois éléments. En effet, les chercheurs reconnaissent que leur étude ne peut maîtriser toutes les variables.

Discussion des résultats

Bukhari et Jameel anticipent quelques contre-arguments à leur étude. Par exemple, le nombre de cas inférieurs dans les tropiques pourrait être dû à des dépistages beaucoup moins importants que dans les continents aux latitudes tempérées. Aussi, les auteurs soulèvent l’objection selon laquelle le nombre de cas importés peut être plus important de la Chine à l’Europe, et aux Etats-Unis, que dans les pays tropicaux, ce qui pourrait expliquer pourquoi les pays tropicaux seraient moins touchés. Tout en soulevant cette objection, les auteurs la récusent : en effet, les voyages entre la Chine et la Malaisie et la Thaïlande sont aussi importants que pour l’Europe et les Etats-Unis. Dernier point relevé par Bukhari et Jameel : les politiques sanitaires ont varié d’un pays à l’autre et n’ont pas été mises en place au même moment. La comparaison entre les pays et les états rencontrent donc des limites.

Seule certitude avancée par les auteurs de l’étude : sans les mesures de distanciation sociale, de dépistage et de politiques sanitaires suffisantes, il n’y a aucune aide à attendre des facteurs climatiques de l’été.

 

*humidité absolue : exprimée en grammes (g) de vapeur d'eau par mètre cube de volume d'air (m3). Ce paramètre mesure la quantité réelle de vapeur d'eau (humidité) dans l'air, quelle que soit la température de l'air.

Sources :

Will coronavirus pandemic diminish by summer?

Study on new coronavirus says warmer weather may slow COVID-19 spread, and cooler weather may accelerate it

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