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Canicule : niveau 3 déclenché en Ile-de-France

Par Quentin PERCEROU, rédacteur

Ce lundi, le niveau 3 du plan canicule a été activé à Paris et en Ile-de-France. A cette occasion La Chaîne Météo revient sur la signification de ce plan canicule, mis en place suite à la canicule de 2003, et sur les canicules qu'a connue la France ces 70 dernières années.

Le plan canicule a été mis en place suite au drame de 2003, un évènement sanitaire d'une ampleur exceptionnelle. Ce plan a pour objectif de limiter les conséquences de vagues de chaleur exceptionnelles. Son déclenchement repose sur plusieurs indicateurs que l'on appelle les seuils de canicule.

Quels sont les seuils de températures pour pouvoir parler de canicule ?

Avant de parler des seuils il est important de bien comprendre ce qu'est une canicule. La canicule désigne une période de trois jours consécutifs où les températures atteignent un certain seuil l’après-midi, et ne descendent pas en-dessous d’un autre seuil la nuit. On considère que des températures atteignant ces seuils entrainent un risque pour la santé.

En France, les seuils de températures varient d’une région à l’autre. On parle de canicule dans le Finistère si la température nocturne ne descend pas en-dessous de 19°C et atteint 32°C le jour, alors qu’il ne faut pas descendre en dessous de 21°C la nuit et dépasser 36°C en journée pour la Haute-Garonne.

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Crédit : La Chaîne Météo

Des alertes sont émises quand ces seuils sont atteints. Elles font partie du plan canicule, un dispositif de surveillance et de prévention mis en place du 1er juin au 15 septembre chaque année par le Ministère des Solidarités et de la Santé.

Comment fonctionne le plan canicule ?

Ce dispositif de surveillance et de prévention consiste en une vigilance accrue des services météorologiques et sanitaires de notre pays. Il contient 4 niveaux.

Niveau 1 : il est activé systématiquement du 1er juin jusqu’au 15 septembre et déclenche une veille météo.

Niveau 2 : il est déclenché quand la veille doit être renforcée en prévision de températures élevées. Elle permet aux services de se préparer au niveau supérieur et de sensibiliser davantage la population des zones concernées.

Niveau 3 : il correspond à l’alerte orange canicule. Celle-ci est déclenchée selon les caractéristiques locales comme le seuil des températures, le niveau de pollution, et les indicateurs sanitaires en lien avec les agences régionales de santé. C’est la préfecture qui décide de déclencher ce niveau à partir du moment où une alerte météo orange canicule est émise.

Niveau 4 : il est déclenché lors d’une alerte rouge canicule. Cette alerte rouge correspond à un épisode exceptionnel de températures très élevées sur une période de temps durable. La mobilisation de tous les services en jeu est maximale.

Ces différents niveaux s'accompagnent de recommandations et de conseils et gestes simples pour éviter les insolations et coups de chaleur :

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Outre ces recommandations, il est également important, afin de prévenir ces épisodes de fortes chaleurs, de suivre les prévisions météo.

La création du plan canicule et de ces conseils ont vu le jour après la canicule de 2003, la plus meurtrière de l’ère moderne.

Canicule de 2003 : l'événement climatique le plus meurtrier des 100 dernières années

La canicule de 2003 a été remarquable par sa durée, son intensité et son extension géographique. C'est un événement historique, comparable à la canicule de 1947 et aux grandes canicules qui concernent plus souvent la péninsule ibérique. Elle s'est installée graduellement dès le 1er août 2003 pour culminer entre le 7 et le 12 : à Paris, la température a atteint la barre des 36°C pendant plus d'une semaine avec 4 jours à 39°C, tandis que les températures restaient bloquées entre 22°C et 25°C la nuit.

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Crédit : La Chaîne Météo

Il a fallu attendre le 15 et le 19 août, pour que les températures baissent lentement sur le pays. La température la plus élevée jamais enregistrée en France a été relevée cet été à Saint-Christol-lès-Alès dans le Gard : 44,1°C le 12 août. La ville de Lyon a également enregistré sa plus haute température depuis le début des relevés avec 40,5°C le 13 août.

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Crédit : La Chaîne Météo

Cette conjonction de jours torrides et de nuits chaudes, à laquelle s'est combiné l'effet de la pollution atmosphérique à l'ozone, a conduit à une hécatombe (70 000 morts en Europe dont 20 000 en France), avec une surmortalité de près de 12% pour notre pays. Cette canicule a été l'événement climatique le plus meurtrier de notre époque contemporaine.

Cette canicule a majoritairement touché les personnes les plus âgées, notamment celles ayant un âge supérieur à 75 ans.

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Crédit : La Chaîne Météo

Si 2003 reste dans les mémoires, d’autres étés ont été remarquables en France en raison de leurs températures extrêmes, leur période étendue et les conséquences économiques et sociales qu’ils ont entraînées.

Les étés remarquables en France

Parmi ces autres étés mémorables, on retient particulièrement 1947 pour les températures extrêmes, 1976 pour la sécheresse prolongée aux conséquences économiques désastreuses et 1983 pour la surmortalité, la plus importante derrière celle de 2003. Sans oublier la canicule de 2006 qui a sévi au mois de juillet, deuxième mois le plus chaud que l’hexagone a connu depuis 1950.

- Le grand été de 1947

Cette période, courant de juin à août 1947, a été la plus chaude enregistrée avec de nombreux records de températures maximales pour l’Europe occidentale. En France, elle a culminé du 22 juillet au 4 août avec des températures jamais vues et non battues pour certaines depuis, comme à Paris avec 40,4°C le 28 juillet 1947. Dans le sud, à Lyon, la température est montée jusqu’à 40°C le 2 et 3 août.

- La longue sécheresse de l’été 1976

En 1976, l’Europe a connu une sécheresse record à cause de conditions anticycloniques puissantes et persistantes. Au mois de juillet, en France, les pluies sont revenues sur la moitié sud alors que le nord a aggravé son déficit pluviométrique. Les paysages, notamment en Bretagne et en Normandie, ont pris des allures de désert saharien avec la terre complètement sèche et craquelée. Cette sécheresse reste dans les mémoires aussi pour la crise économique et sociale qu’elle a entraînée, notamment pour l’agriculture ou encore la création de l’impôt sécheresse.

- 1983 : la pire canicule après 2003

Cette vague de chaleur a principalement concerné l’Italie et le sud-est de la France. Tandis que de nombreux records de chaleur sont tombés en Italie, le sud-est de la France a affronté des températures très élevées du 9 au 31 juillet. Au 31, les 42,5°C ont été atteints à Saint-Raphaël et les 42°C à Paray-Le-Monial. Cette vague de chaleur est mémorable en raison de la surmortalité qu’elle a entraînée en Europe. En France, 4700 décès ont été imputés directement ou indirectement à cette vague de chaleur. Il s’agit de la deuxième canicule la plus meurtrière en Europe après celle historique de 2003.

- 2006 : une eau à 30°C à Marseille

Une nouvelle canicule s’est produite du 10 au 28 juillet 2006. La moyenne des températures a atteint 24°C sur le mois de juillet. Il s’agit du mois de juillet le plus chaud depuis 1950 et du deuxième mois le plus chaud depuis 1950 après celui d’août 2003, où la température moyenne a atteint 24,2°C. La température de l’eau a aussi atteint les 30°C à Marseille. Sur cette période, la surmortalité a atteint 1600 à 2000 décès.

Ces événements climatiques, qui peuvent nous sembler lointains, peuvent encore survenir aujourd’hui, comme en témoigne la canicule de 2018.

Canicule 2018 : de nombreux records et des décès

Tout comme en 2003, la canicule de 2018 s’est étendue au-delà des frontières françaises au mois d’août. En France, quelques valeurs remarquables ont été établies. La 2e nuit la plus chaude de France métropolitaine s’est produite à Perpignan : le mercure n’est pas descendu en-dessous des 30,3°C le 4 août. Cette valeur égale la température de Menton en 2003, mais reste derrière le record absolu des 30,5°C de Marignana en Corse (août 2017). A l’opposé, au nord, la ville de Lille a enregistré son record absolu de chaleur avec 37,6°C le 27 juillet.

Cette même année, de nombreuses villes ont battu leurs records annuels de nombre de jours de chaleur, c’est-à-dire le nombre de jours où la barre des 25°C a été atteinte ou dépassée. Grenoble a connu 131 jours de chaleur, Lyon 125, Limoges 109, Paris 98 et Rouen 57 jours.

Enfin, l’été 2018 a été le deuxième plus chaud depuis 1900. L’épisode caniculaire aura fait 1500 victimes selon le ministère de la santé cette année-là.

Quelles conclusions tirer ?

Les périodes de forte chaleur sont bien antérieures à la canicule de 2003. Mais les températures exceptionnelles et le manque de mesures appropriées ont sans doute mené au désastre de l’époque. Depuis, d’autres épisodes caniculaires se sont produits mais leurs impacts ont été limités, notamment grâce à la création du plan canicule et la vigilance météo.

Un nouveau épisode caniculaire est en cours. En effet, l’évolution de la température moyenne sur la période allant de juin à août montre que les étés sont de plus en plus chauds en France. La hausse des températures estivales est surtout marquée depuis la décennie 1990 et la majeure partie des étés les plus chauds se situent dans les années 2000. Les périodes de forte chaleur sont de plus en plus fréquentes ces dernières années avec des alertes canicules : début juillet 2015 avec 39,7°C à Paris, fin août 2016 avec 38,1°C à Dax, fin juin 2017 avec 40°C dans le Gard et fin juillet - début août 2018 avec 41°C à Béziers !

Dans un climat qui tend donc à se réchauffer, le mieux pour vous prémunir de ces périodes de fortes reste de redoubler de vigilance et de rester informés des prévisions météo et des alertes.

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