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Froid record : les explications

Par Regis CREPET, météorologue
mis à jour le

La prolongation inhabituelle des grands froids sur toute l'Europe du nord découle de la persistance d'un anticyclone polaire scotché

NAO © La Chaîne Météo

La prolongation inhabituelle des grands froids sur toute l'Europe du nord découle de la persistance d'un anticyclone polaire scotché depuis 3 semaines sur la mer du Nord et la Scandinavie. Cette situation atypique peut s'expliquer par les oscillations océaniques (Atlantiques et Arctiques) et le comportement du Jet stream.

Pour expliquer une telle situation de froid récurrent, il faut bien sur analyser la position des centres d'action : anticyclones et dépressions. On note alors l'étendue exceptionnelle des anticyclones polaires qui recouvrent tout le nord de notre hémisphère, et dont le chapeau est situé sur le Groënland (lequel a frôlé des records de froid absolus début mars avec - 66°C, ainsi que des valeurs de pression très élevées : 1074 hPa). Ces hautes pressions sont liées à de l'air plus chaud en haute altitude (au niveau de la stratosphère, vers les 8000 m d'altitude) tandis que l'air froid s'accumule dans les basses couches et s'écoule de part et d'autre vers des zones situées plus au sud.

Cela explique en partie pourquoi les dépressions tempérées sont obligées de circuler plus bas que d'habitude, notamment des Açores à la Méditerranée (zones soumises à de fortes intempéries depuis le début de l'hiver), alors que le froid maintient son emprise plus au nord.

Autre symptôme, sans doute lié : les oscillations océaniques, c'est à dire les variations de pression atmosphérique au-dessus de l'Atlantique et de l'Arctique. L'on calcule la différence de pression de part et d'autre de ces océans, et l'on obtient un indice positif ou négatif en fonction de la position des dépressions et des anticyclones. Par exemple, l'Oscillation Nord-Atlantique (NAO) est dite négative lorsque les pressions sont élevées dans sa partie nord (sur l'Islande) et basses dans sa partie sud (les Açores), alors qu'en temps normal, c'est l'inverse avec le célèbre anticyclone des Açores.

Nous sommes actuellement dans une phase très négative de cette oscillation : pour mémoire, voici quelques pics remarquables depuis 1959 :

18/11/1959 : -5.896
21/01//1963 : -5.010
20/06/1964 : -5.992
02/07/1964 : -5.976
28/01/1966 : -5.130
13/02/1969 : -5.282
04/03/1970 : -5.918

29/12/1976 : -5.287
12/01/1977 : -5.802
05/02/1978 : -5.291
19/01/1985 : -6.226

18/10/2002 : -5.098
21/12/2009 : -5.821
03/01/2010 : -5.533
06/02/2010 : -5.205
14/02/2010 : -5.132
18/12/2010 : -5.265

On remarque trois périodes clairement identifiées qui correspondent à des cycles d'hivers rigoureux, dont l'actuel. Le record d'oscillation Arctique négative depuis le début du calcul est de -6.226 atteint le 19 janvier 1985, marqué par l'un des hivers les plus froids du XXème siècle.

Actuellement, l'AO est à -4.8, et toujours en baisse selon les dernières projections. Des valeurs proches de -5.5 / -6 pourraient être atteintes ces jours-ci, ce qui est assez rare. Cela conduit donc à une nouvelle intensification du froid, mais compte-tenu de la période de l'année où la durée d'ensoleillement est de plus en plus longue, on ne risque plus de connaître une vague de froid telle qu'on aurait pu avoir au cœur de l'hiver...

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