Hiver 2026-2027 : El Niño annonce-t-il vraiment un hiver glacial et de la neige à Noël en France ?
Vous avez peut-être vu passer des articles annonçant un hiver 2026-2027 exceptionnellement froid, voire glacial, avec de la neige pour Noël. Ces scénarios sont notamment associés au puissant phénomène El Niño en cours dans le Pacifique. Mais que disent réellement les observations historiques et les prévisions saisonnières ? La réalité est bien plus nuancée.
El Niño : un phénomène puissant qui alimente les spéculations
Depuis plusieurs semaines, les titres évoquant un hiver historique ou encore un Noël blanc se multiplient sur Internet et les réseaux sociaux. Il est vrai que le phénomène climatique en cours pourrait atteindre une intensité exceptionnelle d'ici la fin de l'année 2026, potentiellement parmi les plus fortes observées depuis 1950.
El Niño correspond à un réchauffement naturel anormal des eaux du Pacifique équatorial, qui modifie la circulation atmosphérique à l'échelle planétaire. Ses conséquences sont bien établies dans plusieurs régions du monde, notamment en Amérique et dans les zones tropicales. En revanche, son influence sur l'Europe occidentale est beaucoup plus indirecte et variable.
Il serait donc scientifiquement incorrect d'affirmer qu'un El Niño puissant annonce automatiquement un hiver rigoureux en France.
Que nous apprennent les hivers El Niño depuis 1950 ?
L'examen des épisodes historiques montre que plusieurs hivers marqués par El Niño ont été particulièrement doux en France. Ce fut notamment le cas en 1997-1998, en 2006-2007, en 2015-2016 et plus récemment en 2023-2024 (1,2).
Ces hivers ont souvent été caractérisés par une circulation océanique dominante, apportant de l'air relativement doux et, selon les périodes, des pluies abondantes. Mais cette tendance n'est pas systématique : l'hiver 1991-1992 avait été l'un des plus secs jamais enregistrés en France.
À l'inverse, certains hivers El Niño ont connu des périodes de froid remarquables. En janvier 1987, une vague de froid intense a touché la France. L'hiver 2009-2010 a également été marqué par de fréquentes offensives hivernales et des épisodes neigeux.
Ces contre-exemples sont essentiels : même lorsque la douceur domine sur l'ensemble d'une saison, des épisodes de froid restent possibles. Les archives ne permettent donc pas de résumer les hivers El Niño à un scénario unique.
80% des El Nino s'accompagnent d'hivers très doux en France © La Chaine Météo
Pourquoi janvier et février pourraient-ils réserver des surprises ?
L'influence d'El Niño sur la circulation atmosphérique européenne peut évoluer au cours de l'hiver. Plusieurs études montrent que les interactions entre le Pacifique et l'Atlantique Nord diffèrent entre le début et la seconde partie de la saison (3).
En janvier et février, El Niño peut, dans certaines configurations, favoriser un affaiblissement du vortex polaire stratosphérique et une circulation nord-atlantique moins zonale. Si des hautes pressions se positionnent suffisamment au nord, elles peuvent faciliter des descentes d'air froid vers l'Europe occidentale (4).
Une telle évolution pourrait entraîner une période plus froide en France, parfois accompagnée de neige. Mais il ne s'agit que d'une possibilité, pas d'une prévision établie. La position des centres d'action atmosphériques et les autres facteurs de variabilité climatique restent déterminants.
Que prévoient réellement les modèles pour l'hiver 2026-2027 ?
À ce stade, les prévisions saisonnières de La Chaîne Météo privilégient une fin d'automne et un début d'hiver plus doux que la normale, avec des perturbations atlantiques relativement fréquentes. Le signal de douceur apparaît plus marqué pour novembre et décembre, tandis que les incertitudes augmentent à partir de janvier.
Les dernières projections européennes favorisent également des températures hivernales globalement supérieures aux normales sur une grande partie du continent, sans exclure une évolution des régimes de circulation en cours de saison.
Quant à la neige à Noël 2026, il est beaucoup trop tôt pour prévoir sa présence en plaine à une date aussi précise. Un hiver doux peut connaître quelques journées froides et neigeuses, tout comme un hiver froid peut comporter des périodes très douces.
En résumé, El Niño ne permet ni d'annoncer un hiver glacial ni d'exclure une offensive hivernale en janvier ou février. Le scénario d'un hiver globalement doux et plutôt humide reste aujourd'hui privilégié, mais son déroulement précis demeure incertain.
Notes et références
(1) NOAA – Climate Prediction Center. Oceanic Niño Index (ONI), Historical El Niño/La Niña Episodes (1950–Present). Historique des épisodes ENSO et définition de l'indice océanique.
(2) Copernicus / ECMWF – ERA5. ERA5 monthly averaged data on single levels from 1940 to present. Réanalyse climatique permettant de comparer les températures hivernales en France sur une période homogène.
(3) ECMWF – Molteni et Brookshaw. Early- and late-winter ENSO teleconnections to the Euro-Atlantic region in state-of-the-art seasonal forecasting systems. Présentation scientifique sur les différences de réponse atmosphérique européenne entre le début et la fin de l'hiver.
(4) Ineson et Scaife (2009), Nature Geoscience. The role of the stratosphere in the European climate response to El Niño. Étude du rôle du vortex polaire stratosphérique dans les téléconnexions entre El Niño et le climat hivernal européen.