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Vague de chaleur : pourquoi fait-il aussi chaud sur la France actuellement ?

Par Régis Crépet, météorologue
mis à jour le

Depuis ce week-end, une chaleur exceptionnelle s’est installée sur une grande partie de la France avec des températures dépassant localement les 35°C jusque dans l’ouest du pays. Derrière cette situation remarquable pour une fin mai se cache un mécanisme météo bien précis : celui du « dôme de chaleur ».

Un puissant dôme anticyclonique est vissé sur l'Europe © La Chaine Météo

Une vague de chaleur qui s’est mise en place en trois phases

Tout a commencé jeudi et vendredi derniers avec la mise en place d’une véritable « pompe à chaleur » atmosphérique. Une dépression positionnée au large du Portugal a favorisé une remontée d’air subtropical très chaud en provenance du Maghreb vers la France. Ce flux de sud a progressivement propulsé la chaleur vers l’Espagne puis l’Hexagone.

Dans un second temps, cet air chaud s’est installé durablement au-dessus du pays. Les températures ont alors commencé à grimper rapidement, notamment sur les régions de l’ouest et du centre.

Enfin, un puissant anticyclone s’est formé sur l’ouest de l’Europe. Celui-ci agit comme un couvercle dans l’atmosphère : il bloque les perturbations atlantiques, piège l’air chaud près du sol et fige la situation pendant plusieurs jours. C’est ce que les météorologues appellent un « blocage anticyclonique ».

Le rôle du dôme de chaleur : l’air chaud se comprime encore davantage

Le dôme de haute pression comprime l'air chaud sur la France © La Chaine Météo

Ce dôme anticyclonique ne fait pas qu’empêcher l’air chaud de s’échapper : il le comprime également. Sous l’effet de la subsidence — un lent mouvement de l’air vers le bas dans les hautes pressions — l’air se tasse et se réchauffe mécaniquement. C’est exactement le même principe qu’une pompe à vélo qui chauffe lorsqu’on comprime l’air.

Résultat : plus l’air descend, plus il se réchauffe. Ce phénomène explique pourquoi les températures s’envolent jusque sur les régions habituellement tempérées comme la Bretagne ou le Finistère.

À cette période de l’année, l’effet est amplifié par des journées très longues et un ensoleillement proche de son maximum annuel. Chaque journée ajoute une nouvelle couche de chaleur dans les basses couches de l’atmosphère, créant un véritable engrenage.

Cette mécanique rappelle certains épisodes historiques comme la canicule d’août 2003, même si les températures absolues restent moins élevées en mai qu’en plein cœur de l’été. On retrouve aussi des similitudes avec le « heat dome » historique de Colombie-Britannique en juin 2021 ou encore avec les vagues de chaleur précoces observées récemment aux États-Unis.

Des situations de blocage qui pourraient devenir plus fréquentes

Plusieurs études suggèrent que certaines configurations de blocage atmosphérique favorisant les dômes de chaleur pourraient devenir plus fréquentes ou plus persistantes dans un climat qui se réchauffe. Les chercheurs étudient notamment les modifications du jet-stream et les rétroactions entre sécheresse des sols et chaleur extrême. Toutefois, le lien précis entre réchauffement climatique et fréquence des blocages anticycloniques fait encore l’objet de recherches (1).

Cette vague de chaleur résulte donc d’un phénomène multifactoriel : circulation atmosphérique particulière, compression de l’air, fort ensoleillement et contexte climatique plus chaud qu’autrefois. Un cocktail qui favorise désormais des épisodes de chaleur remarquables de plus en plus précoces, ou tardifs dans la saison.

Note :

(1) : étude des évènements rares liés aux vagues de chaleur en Europe

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