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Climat : la Niña, synonyme d'intempéries, est de retour

Par La Chaîne Météo

L’OMM (Organisation Météorologique Mondiale) a annoncé récemment que le phénomène climatique « La Niña », qui a pour effet de refroidir la température du globe avait débuté cet automne et devrait durer jusqu’au printemps prochain, après une décennie d'absence. Nous avons interrogé Régis Crépet sur ce phénomène et ses impacts.

Crédit : La Chaîne Météo

Pouvez-vous nous rappeler ce qu'est la Niña, et son fonctionnement ?

Régis Crépet : Pour comprendre la Niña, il faut d'abord rappeler que l’océan Pacifique, de par son immensité, joue un rôle important dans la régulation du climat de la planète. Il est sous haute surveillance et scruté par les satellites qui mesurent sa température par imagerie infrarouge notamment la zone intertropicale. Son influence sur le climat est due à la fois à ses courants et à sa température. Dans ce contexte, la Niña désigne une anomalie froide de ses eaux de surface, dans la partie orientale du Pacifique jouxtant les côtes sud-américaines. Ce phénomène est l’inverse du phénomène El Nino, caractérisé par des températures de l’eau supérieures aux moyennes. Et en l’absence d’anomalie de température, on parle d’épisode « neutre ».

Le mécanisme est assez simple à comprendre. Les variations cycliques des températures de surface de l’océan Pacifique sont provoquées par des changements naturels du régime des vents dominants sur l’océan Pacifique équatorial. Les vent soufflent généralement de secteur est : ce sont les alizés. Ils repoussent les eaux chaudes vers l’ouest, tandis que par effet d’upwelling, les eaux froides remontent le long de la côte d’Amérique du sud. Lorsque ce phénomène augmente de puissance, avec des vents d’est plus soutenus provoquant la remontée d’eau froide massive, cela provoque un épisode « La Niña ». Tout le Pacifique Oriental se refroidit de -0,5°C à -2°C.

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L’anomalie de température est actuellement de -1°C, et les modèles numériques prévoient une forte anomalie proche de -2°C en janvier, ce qui serait dans des valeurs records (précédent record : -1,9°C en 1989). Ces variations alternent par cycles tous les 3 à 7 ans, et, une fois mis en place, persistent entre 6 mois et 1 an. Ces cycles sont connus sous l’appellation d’ENSO (El Niño Southern Oscillation). De tous ces cycles, le phénomène El Nino est le plus connu car le plus vecteur d’intempéries planétaires.

Comment peut-on prévoir l'activité de ce phénomène jusqu'en 2021 ?

RC : La prévision de l’ENSO, c’est-à-dire El Nino et La Niña, est élaborée par des modélisations numériques de l’océan et de l’atmosphère. Les deux étant en interaction, on parle de couple  « océan-atmosphère ». La modélisation de La Niña permet d'établir donc la prévision des vents, desquels on en déduit les anomalies de pression atmosphérique potentielles qui pourront impacter les températures de la mer. Une fois le phénomène entamé, les observations par satellite et par navires océanographiques permettent de suivre la montée en puissance de ces phénomènes.

On connait la durée moyenne d’une Niña, de 6 à 8 mois, ce qui permet de penser qu’elle persistera jusqu’au printemps prochain avant un retour à des températures normales. On connait aussi sa saisonalité, la Nina se produisant généralement en hiver. En revanche, son intensité reste encore complexe à prévoir. En effet cette Niña 2020/21 a été bien anticipée dès le printemps dernier et devait atteindre au plus fort une anomalie proche de -1°C, alors que nous y sommes déjà. Elle s’annonce donc plus intense que prévu. Les modèles ont révisé leurs prévisions avec une fourchette comprise entre -1,6°C et -2°C, voire -3°C pour les scénarios les plus extrêmes, ce qui serait un record de plus d’un siècle.

Selon le dernier rapport de l’agence américaine NOAA (mis à jour le 16 novembre 2020), la probabilité que les conditions La Niña se maintiennent jusqu’en janvier-mars 2021 est de 95% et celle de continuer jusqu’aux mois de mars-mai 2021 de 65%.

Comment ce phénomène peut-il provoquer des intempéries dans le monde ?

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RC : L’immensité couverte par ces anomalies de température des eaux de l’océan Pacifique est telle qu’elle entraîne des modifications atmosphériques au-dessus de ces zones.

Des eaux plus froides sont propices à la formation de hautes pressions (anticyclones) tandis que les eaux plus chaudes génèrent la formation de dépressions. Ces centres d’action mettent en mouvement des vents d’orientations différentes qui vont modifier les vents de haute altitude, en particulier le jet stream, ces vents qui soufflent autour de la planète à environ 10000 m d’altitude, ce qui va ensuite jouer sur le climat planétaire.

"Ces refroidissements de ces vastes zones océaniques ont un effet significatif sur la circulation de l’atmosphère qui les traverse. Et les changements atmosphériques affectent à leur tour les régimes de précipitations dans le monde", selon le Dr Maxx Dilley, Directeur adjoint en charge du Département des services climatologiques à l’OMM.

Ainsi, l’Australie connaît davantage de pluies pendant la Niña avec des risques d’inondation, tout comme l'Asie du sud-est et certaines îles du Pacifique, tandis qu’à l’opposé, certaines zones de l’Amérique du sud risquent de connaître la sécheresse du coté du Pérou et de la Colombie par exemple, ainsi que le sud des Etats-Unis et une partie de l'Amérique Centrale, du coté du Pacifique. De même, la corne de l'Afrique risque de subir également la sécheresse. En outre, en modifiant les vents de haute altitude, la Niña favorise la formation d’ouragans (2) dans l’océan Atlantique et les minimise dans le Pacifique. Enfin, en période de Niña, le jet stream se met à onduler ce qui a pour conséquence de faire descendre de l’air froid sur l’Amérique du Nord, qui doit s’attendre, dans ce type de situation, à un hiver plus froid et neigeux notamment sur le Canada.

Le phénomène la Niña a-t-il une influence sur le temps que nous avons en France ?

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RC : Oui et non. L’extension de la Niña et d’El Nino sur la moitié de l’océan Pacifique est tellement vaste que ses effets se font sentir sur l’ensemble de la zone intertropicale planétaire ainsi que sur l’Australie et le continent américain, au plus proche du phénomène. Pour les autres parties du globe, comme l'Europe (1) les effets sont nettement amoindris et parfois même encore mal connus. La relation de cause à effet avec l'Europe est moins nette pour plusieurs raisons.

Premièrement, le continent est situé en bout de course du fait de son éloignement géographique. Il n’y a donc pas d’impact véritablement défini des phénomènes la Niña et El Nino sur le climat de la France (3). D’autre part, d’autres paramètres climatiques interfèrent tels que les vents au-dessus de l’Afrique intertropicale par exemple (4). Cette complexité des interactions atmosphériques est telle que de nombreuses études sont toujours en cours à ce sujet (5). Néanmoins ce que l'on constate c'est qu’en phase El Nino, les hivers sont globalement plus doux en Europe de l’ouest, alors qu’ils sont plus froids en période la Niña (6), avec là aussi des variations constatées. Ainsi une faible Niña n’a pas le même impact qu’une Niña très prononcée (7).

Le réchauffement climatique a-t-il un impact sur son fonctionnement ?

RC : La question est très vaste, car les oscillations NINO/NIÑA influencent les températures planétaires de façon naturelle. Lors des années Niña, les températures planétaires sont plus basses qu’en période Nino. Ces variations Nino/Niña ont été observées de tous temps, indépendamment du réchauffement climatique. Lors de la décennie 2010, les épisodes Niña ont été fréquents, limitant la hausse des températures planétaires, à tel point que l’on a parlé de « hiatus » dans le réchauffement climatique à cette époque. Les modèles numériques avaient, dans un premier temps, sous-estimé l’impact naturel de la température de l’océan Pacifique sur le climat mondial. Depuis, la tendance s’est inversée et le Pacifique équatorial s’est réchauffé d’environ 1°C sur 2011 – 2016.

En revanche ce que l'on peut se demander c'est si la récurrence des épisodes El Nino a accentué le réchauffement climatique contemporain, ou si, au contraire, le réchauffement climatique a multiplié les phases El Nino. Les épisodes El Nino pourraient être plus fréquents et plus intenses avec le réchauffement climatique dans les prochaines décennies (8), parallèlement à des phases La Niña également plus extrêmes. Mais l’incertitude reste très grande dans la relation entre le réchauffement climatique et les phases de la Niña et d’El Nino, les deux fonctionnant de paire.

Il existe cependant un certain consensus sur le fait que le réchauffement climatique entraîne une hausse de la température des eaux de surface de l’océan Pacifique, pouvant favoriser les épisodes El Nino (9). A cet égard, la survenue de cette phase la Niña, la plus forte depuis les années 2010, sera très utile dans la compréhension de ce mécanisme et pour voir comment vont réagir les températures planétaires en 2021.

D'où vient ce nom la Niña ?

RC : L’appellation « Nino / Niña » nous vient des pêcheurs péruviens, qui observaient régulièrement, et surtout en fin d’année, une irruption d’eau chaude venant du large sur leurs côtes : ces eaux chaudes faisaient fuir les poissons, mettant fin à la saison de pêche annuelle. Comme ce phénomène cyclique apparait généralement vers Noël, les pêcheurs l’ont appelé « El Nino », le petit garçon en espagnol, en l’occurrence « l’enfant Jésus ». Par analogie à cette dénomination, les scientifiques ont ensuite baptisé le phénomène inverse, à savoir l’arrivée d’eaux froides, « la Niña », c’est-à-dire la « petite fille » en espagnol.

El Nino reste plus connu et redouté car son influence climatique, plus forte, entraîne davantage d’intempéries à travers le monde (10). Mais la Niña, mise en évidence plus récemment au XXème siècle, semble désormais avoir des conséquences également dommageables sur les cultures et l’économie de la planète.

Notes

  1. https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1029/2010GL043394

  2. http://www.wikiwand.com/fr/Cyclog%C3%A9n%C3%A8se_tropicale

  3. https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1029/2006RG000199

  4. https://www.semanticscholar.org/paper/Tropospheric-QBO%E2%80%93ENSO-Interactions-and-Differences-Hansen-Matthes/7dfd4629e6c71a2304c992f761a220e647912843

  5. https://sos.noaa.gov/datasets/el-nino-and-la-Niña-seasonal-impacts/

  6. https://blog.metoffice.gov.uk/2020/10/12/how-will-la-Niña-affect-our-winter-weather/

  7. https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1029/2006RG000199

  8. https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/climatologie-rechauffement-climatique-rend-el-nino-plus-plus-puissant-49988/

  9. « Increasing Frequency of Extreme El Niño Events Due to Greenhouse Warming », Wenju Cai. et al., Nature Climate Change, 2014, vol. 4 : 111–116.

  10. https://www.climate.gov/news-features/understanding-climate/el-ni%C3%B1o-and-la-ni%C3%B1a-frequently-asked-questions

 

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