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Sécheresse : pourquoi les prochaines pluies ne seront pas suffisantes ?

Par Cyrille DUCHESNE, météorologue

Alors que le déficit pluviométrique atteint 40% depuis le début de l’année, la vague de chaleur remarquable de ce mois de mai vient aggraver une situation hydrologique déjà critique. Les averses orageuses prévues ces prochains jours ne renverseront pas la tendance même si elles pourront apporter une amélioration temporaire concernant la sécheresse de surface.

Sécheresse : pourquoi les prochaines pluies ne seront pas suffisantes ?

La Chaîne Météo : la sécheresse est l’une des préoccupations majeures actuellement. Quelle est la situation ?

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Crédit : La Chaîne Météo

Cyrille Duchesne : Ce mois de mai est bien parti pour être le 5ème mois consécutif avec des précipitations déficitaires. Sur certaines villes de l’ouest et du nord, il n’est pas tombé une seule goutte d’eau depuis le début du mois et la dernière pluie significative remonte au 8 avril. La sécheresse de surface est devenue remarquable pour cette époque de l’année, d’autant que les températures élevées et le vent ont été des facteurs aggravants. Les régions du sud ont connu des précipitations un peu plus fréquentes ces derniers jours, mais les cumuls de pluie ont été hétérogènes. La Corse, les Alpes ou encore une partie de l’Occitanie ont connu des pluies très bénéfiques. Ce qui n’a pas été le cas en région PACA où les sols restent globalement très secs. Les régions allant du nord de la Nouvelle-Aquitaine aux plaines du centre-est subissent également un déficit pluviométrique important depuis le début de l’année avec un hiver où les nappes ne se sont pas correctement rechargées. On dénombre actuellement 15 départements concernés par des restrictions d’eau et la liste devrait s’allonger dans les prochaines semaines, même si la situation météo va évoluer ces prochains jours.

LCM : pourquoi la situation météo change t-elle à partir de ce week-end ?

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Crédit : La Chaîne Météo

CD : L’anticyclone installé depuis le début du mois sur la France va perdre un peu de terrain ces prochains jours. Au cours du week-end, une dépression va se creuser sur le proche Atlantique, nous serons situés entre cette zone dépressionnaire et l’anticyclone qui se sera décalé vers l’Europe Centrale. Les régions de l’ouest se retrouveront donc sous l’influence de la dépression avec un flux de sud à sud-ouest instable qui fera circuler des averses orageuses tandis que la partie est du pays conservera un temps durablement chaud et sec avec quelques orages possibles en montagne.

LCM : vous annoncez des averses orageuses ces prochains jours, faut-il s’en réjouir ?

CD : Comme nous l’avons évoqué précédemment, la dégradation pluvio-orageuse prévue entre dimanche et mardi prochain ne sera pas généralisée à l’ensemble du pays, les régions de l’ouest et du nord-ouest étant les plus exposées. On ne peut que se réjouir de revoir la pluie tomber sur des régions touchées par la sécheresse, mais elles n’auront pas toute l’efficacité voulue pour plusieurs raisons :

- les orages qui remonteront du golfe de Gascogne vers le nord-ouest de la France puis la Belgique ne seront pas organisés et les cumuls de pluie risquent d’être très hétérogènes d’un lieu à un autre. Certains secteurs seront bien arrosés tandis que d’autres n’auront que les miettes avec des cumuls de pluie trop faibles.

- comme souvent lors des orages, les précipitations tombent avec de fortes intensités. Les pluies n’ont donc pas le temps de s’infiltrer correctement dans la terre. Ce phénomène est accentué par la sécheresse avec un sol qui agit comme une croute imperméable et l’eau va converger vers les points bas ou dans les cours d’eau environnants.

- en lien avec les fortes chaleurs, les sols sont chauds et une partie de l’eau de pluie est évaporée et n’a pas le temps de s’infiltrer.

Si les pluies orageuses en quantité suffisante peuvent apporter une vraie amélioration pour le développement des cultures et de la végétation, cette eau n’ira de toute façon pas reconstituer les ressources en eau souterraine.

LCM : quelle situation faudrait-il pour avoir des pluies plus utiles ?

CD : Il nous faudrait retrouver un flux d’ouest océanique pendant plusieurs semaines avec des pluies régulières entrecoupées de brèves périodes de temps sec et ensoleillé. Avec suffisamment d’humidité et des températures sans excès, la nature pourrait reprendre son souffle et les sols s’humidifier correctement pour faire face aux périodes de chaleur estivale.

LCM : quelle est la tendance météo pour la fin du printemps et l’été prochain ?

CD : Selon nos prévisions saisonnières, c’est une tendance chaude et orageuse qui s’annonce pour la fin du printemps et le début de l’été. La sécheresse de surface pourrait donc s’atténuer au passage des orages, mais avec des cumuls de pluie qui risquent d’être très aléatoires, certains secteurs pourraient continuer de subir une importante sécheresse de surface. La tendance à un été chaud n’est pas un élément positif puisque les périodes de forte chaleur et le risque de canicule entraineront une plus forte évapotranspiration des plantes avec des besoins en eau accrus.

On est donc loin d’être sorti d’affaire et les cumuls de pluie des prochaines semaines seront déterminants pour espérer limiter au maximum cette sécheresse galopante depuis le début de l’année.

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