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Viticulture et météo : une saison 2021 très compliquée

Par Cyril BONNEFOY, météorologue

La météo n’a pas gâté les viticulteurs cette année avec une fin de printemps gélive et un début d’été particulièrement humide au nord et dans le sud-ouest. Les pertes sont considérables, allant parfois jusqu’à 100% des exploitations et l’inquiétude monte dans la profession à quelques semaines des vendanges. Voici notre point complet de la situation et un aperçu des conditions météorologiques à attendre ces prochaines semaines.

Viticulture et météo : une saison 2021 très compliquée

Un printemps gélif : des pertes colossales

La France a connu un épisode de froid exceptionnel début avril qui faisait suite à un coup de chaud la semaine précédente où de nombreux records de chaleurs avaient été battus en particulier le 31 mars, qui reste désormais la plus chaude journée jamais enregistrée en mars depuis 1900. La végétation était donc plutôt en avance et les dégâts sur la viticulture ont été considérables. Toutes les régions viticoles ont été concernées par cet épisode même si certains secteurs l'ont été plus que d’autres.

Quelques viticulteurs ont pu sauver une partie de leur récolte grâce à différents moyens de lutte anti-gel tels l’aspersion, l'installation de chaufferettes entre les ceps de vigne, allant même pour les exploitations les plus importantes, à utiliser un hélicoptère pour brasser l'air se trouvant au niveau du sol. Malgré cela, les pertes ont souvent été considérables et dès le mois de juin certains viticulteurs du sud de la France alertaient sur la mortalité de certains ceps. En effet, outre les pertes de bourgeons immédiates, quelques souches assez sensibles du sud de la France ont crevé dans les semaines qui ont suivi l’évènement.

C’est surtout le gel des 7 et 8 avril qui a entraîné le plus de dégâts avec des parcelles touchées de 20 à 100 %. Après analyse de parcelles du sud de la France touchées par le gel, des études ont montré que le potentiel de récolte cette année était inférieur de 15% par rapport à 2020, année déjà impactée par le gel, et de 24% par rapport à la moyenne des dix dernières années.

Ce printemps 2021 restera donc dans les annales de la climatologie mais également de la viticulture puisqu’il faut parfois remonter à une trentaine d’années pour retrouver une telle proportion de dégâts sur le vignoble français.

Un début d’été très arrosé provoque l’explosion des maladies

Après ce début de saison déjà catastrophique pour grand nombre de professionnels, le début de la saison estivale, correspondant à la floraison de la vigne, s’est avérée très humide dans la plupart des régions. C’est la Champagne qui reste la plus touchée avec par exemple sur les deux seuls mois de juin et juillet un excédent pluviométrique de +88% soit 215 mm contre 114 mm en temps normal. Ces excédents d’humidité et de pluie ont permis le développement d’un champignon très redouté en viticulture : le mildiou. Ce champignon a la particularité de s’attaquer d'abord aux feuilles de la vigne avant de se propager aux grappes. Ce parasite a ainsi ravagé à ce jour entre 20 et 25% des grappes. Dans le pire des scénarios, certains vignobles estiment déjà les pertes à 50%, pertes qui viennent s’ajouter à celles dues au gel de printemps. L’ensemble du vignoble est ainsi concerné par cette invasion mais de manière très hétérogène.

La dernière grande attaque de mildiou de grande ampleur remontait à 2012, année où le printemps et le début d’été avaient également été particulièrement humides dans cette région. Les rendements seront donc fortement impactés par ce champignon, qui a une incidence sur le potentiel de la récolte, mais en revanche pas sur la qualité. Et en Champagne plus qu'ailleurs, les viticulteurs bénéficient d'un autre avantage pour réduire la perte de production : ils vont pouvoir puiser dans leurs réserves constituées les années précédentes, et à partir desquelles ils réalisent leurs assemblages, afin de contrebalancer les rendements moins bon de cette année. 

Les viticulteurs bordelais n’auront pas cette chance et restaient encore en cette fin juillet très impactés par le mildiou. Après également deux mois très excédentaires en précipitations, la pression mildiou est exceptionnelle et fait suite à deux millésimes, 2018 et 2020 qui avaient déjà été très affectés par ce champignon. La station de Pessac-Léognan a enregistré 380 mm de pluie entre le 1er mai et le 15 juillet pour une normale de 170 mm. Il est donc tombé  plus du double de ce que cette station mesure habituellement. Tous les professionnels espèrent maintenant une météo plus clémente dans les prochaines semaines. En attendant, l’important pour eux est de protéger les grappes qui ne sont pas encore touchées. Ce véritable travail du quotidien nécessite des décisions souvent difficiles à prendre en lien avec la météo.

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Crédit : La Chaîne Météo

Sud-est : entre sécheresse et risque d’incendies

A l’inverse du reste du pays, le vignoble du sud-est de la France fait face à un début d’été particulièrement sec. C’est plus particulièrement le cas en Roussillon puisque la station de Perpignan a reçu uniquement 81,6 mm du 1er avril au 31 juillet soit un déficit de 46% par rapport à la normale. La chaleur récurrente et marquée du mois de juin a contribué à accentuer les effets de cette sécheresse. Le peu de précipitations que les parcelles ont reçu tombait en petite quantité (3 à 4 mm) et la chaleur finissait pas évaporer rapidement cette eau de pluie avant son infiltration dans les sols.

Ainsi, dans ce vignoble, les sols sont desséchés et le stress hydrique important, ce qui oblige certains viticulteurs à utiliser des engrais foliaires (engrais utilisés en cas de sécheresse et donc de mauvaises assimilation des oligoéléments par les racines) afin d’aider la vigne à résister. Les prévisions en termes de rendements sont plutôt pessimistes, d’une part en raison des pertes liées au gel du mois d’avril, et d’autre part en raison de la tailles des baies très inférieures à la normale.

Cette sécheresse exacerbe aussi le risque de départ  de feux et le vignoble Audois est particulièrement exposé à ce risque. Le week-end des 24 et 25 juillet, un incendie s’est déclaré entre les communes de Fabrezan, Foncouverte et Moux et ce sont plusieurs centaines d’hectares qui sont partis en fumée. La vigne faisant office de coupe-feu n’a pas brûlé en soi mais les rangs en bord de vigne ont souffert du dôme de chaleur induit par les flammes.

Conditions météo à attendre ces prochaines semaines : vers une amélioration ?

Ce début de saison 2021 a donc été particulièrement éprouvant pour les viticulteurs et tous les regards se portent désormais sur la période de maturation qui sous nos latitudes s’étale en moyenne de la mi-août à mi-octobre. La véraison, stade précédant la période de maturation et correspondant au changement de couleurs des raisins, a démarré dans le sud de la France. C’est le cas dans le Vaucluse qui accuse en moyenne une dizaine de jours de retard par rapport à l’année dernière. Ce stade de la véraison est un indicateur intéressant puisqu’à partir de ce moment, il ne restera plus que 40 à 50 jours aux vignerons avant les vendanges. En Aquitaine, les premiers signes de véraison ont été observés fin juillet alors que dans le Gers, Cahors et les autres vignobles septentrionaux, aucun signe de véraison n’a été mentionné.

La météo qui restera encore humide et anormalement fraîche cette première semaine d’août deviendra plus favorable pour les vignes à partir du lundi 9 août. Néanmoins, avant le retour de cette période plus sèche et chaude, un épisode pluvio-orageux actif est attendu ce week-end dans le sud de la France. Cette dégradation pourrait s’avérer virulente avec un risque important de chute de grêle. Les régions qui semblent à ce jour les plus exposées à ce risque sont l’Occitanie, l’Auvergne-Rhône-Alpes et la Bourgogne-Franche-Comté.

Après cette dégradation, la semaine prochaine, l’anticyclone des Açores devrait enfin regonfler sur le pays et garantir un temps sec et nettement plus chaud (+2°C au-dessus des moyennes). Un risque de fortes chaleurs n’est pas écarté pour les vignobles méridionaux de l’Aquitaine à la vallée du Rhône. L’incertitude demeure encore sur la durée de cette période chaude et sèche. Il semble pour l’instant que ces conditions plus favorables se prolongent au-moins jusqu’au 15 août. A la fin du mois d’août, le temps pourrait devenir plus orageux avec une chaleur de saison.

Si l’on s’intéresse maintenant à la fin de la période de maturation et à celle des vendanges, nos prévisions saisonnières envisagent pour l’instant un mois de septembre assez sec et chaud, ce qui permettrait aux viticulteurs d’appréhender cette fin de saison de manière plus sereine.

Cyril Bonnefoy est météorologue à La Chaîne Météo et agrométéorologue spécialisé en viticulture.

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