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Banquise arctique : fonte presque record cet été

Par Regis CREPET, météorologue

Le mois de septembre est crucial pour analyser l'état des banquises. Pour l'arctique, à la fin de l'été, elle atteint son minimum de superficie, tandis qu'en Antarctique, au sortir de l'hiver, elle est à son maximum. Le point sur ces deux hémisphères.

Banquise arctique : fonte presque record cet été

C'est généralement au mois de septembre que la banquise arctique connait sa fonte maximale, à l'issue de l'été boréal, avant la diminution de la durée du jour et le refroidissement qui s'ensuit rapidement. Rappelons que la banquise est la couche de glace de mer flottante qui ne fond pas durant l'été, sur une épaisseur de quelques mètres, et qui s'étend à nouveau en hiver avec le regel de la mer (le Groenland, la Terre de Baffin et le Spitzberg, qui sont des glaciers constitués d'eau douce, n'en font pas partie).

2020 : deuxième plus forte fonte de la banquise arctique

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Crédit : La Chaîne Météo

Alors qu'en 1979, date des premiers relevés satellite, la surface englacée de la banquise arctique représentait 6,5 millions de km2, elle n'a représenté cet été que 3,75 millions de km², soit 57% de la surface de 1979. Cette superficie minimale place l'année 2020 en seconde position devant 2007 (la surface englacée avait atteint 4,17 millions de km2) mais derrière 2012, année de fonte record où la superficie était descendue à 3,3 millions de km2.

Une fonte due à un été très chaud

La fonte de cet été est due à deux éléments principaux.

Le premier est la persistance de températures élevées, supérieures de +2°C par rapport à la normale sur la zone arctique depuis le mois de mai, conjuguées à une chaleur record en juin sur la Sibérie, et jusque sur la côte de l'océan glacial arctique. Le second concerne un système dépressionnaire qui s'est maintenu à plusieurs reprises cet été avec des vents forts, ce qui a contribué à la dislocation de la glace, notamment fin juillet. Conséquence de ces situations météorologiques, la banquise s'est fractionnée au point de libérer des passages traditionnellement englacés même en été. Ce fût le cas en particulier du passage du nord-est, le long de la côte russe, où la mer libre de glace s'est approchée à quelques 600 km du pôle nord.

Des atouts plus minces pour lutter contre le réchauffement climatique

Depuis le début du XXème siècle, la banquise arctique a subi des cycles d'accroissement et de fonte. Ainsi, une période d'extension s'est produite entre 1900 et 1920, puis entre 1940 et 1970. Depuis 1979, sa superficie est en baisse, et s'est même accentuée depuis 2005.

Avec l'entrée dans l'hiver, elle va se reformer rapidement en surface, mais sa reconstitution sera ralentie par la vaste superficie de mer désormais libre à recongeler. D'autre part, notons qu'il s'agira alors d'une banquise assez mince qui pourrait à nouveau fondre rapidement à la prochaine saison chaude. 

Avec 40% de son épaisseur en moins par rapport au début des années 1980, sa vulnérabilité face au réchauffement climatique actuel s'est donc considérablement accrue. 

Quel avenir pour la banquise arctique ?

Ce schéma de fonte accélérée estivale est un cercle vicieux. En effet, même si ces mers arctiques restent souvent proches du point de congélation, plus la mer se libère de glace, plus elle absorbe le rayonnement solaire et se réchauffe. Ajouté à cela, les glaces jeunes, qui se reformeront l'hiver, seront très minces et résisteront moins à la saison estivale.

Cet engrenage laisse à penser que l'arctique pourrait être libre de glace en été d'ici aux années 2040 à 2050. Ce scénario, envisagé par certains modèles numériques, reste minoritaire (1). En effet, selon d'autres modélisations, cette disparition estivale ne pourrait intervenir qu'entre 2080 et 2100, voire jamais (CCSM4 AR4 ensemble). 

Reste que ces prévisions pessimistes sont également discutées par certains climatologues, pour qui la variabilité annuelle et le cycle solaire en baisse pour ces prochaines décennies pourrait permettre de ralentir le processus.

Qu'en est-il de l'antarctique ?

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Crédit : La Chaîne Météo

Le cas de la banquise antarctique est différent puisqu'elle se situe dans l'autre hémisphère, au pôle sud. En ce mois de septembre, elle présente une extension supérieure à la moyenne 1981 / 2010. Cette situation fait suite à un hiver plus froid que les normales sur la zone avec une anomalie de -2° à -3°C selon les secteurs. Elle est donc à son maximum en cette période de l'année.

Comparer la situation actuelle de l'arctique et de l'antarctique ne fait pour l'heure que peu de sens puisque l'une est à son minimum de superficie quand l'autre est à son maximum. Il faudra pour cela attendre la fin de l'été austral (début mars) et observer le comportement de la banquise à cette époque de l'année.

 

 

Sources

NSIDC

Notes

(1) Ensemble CCSM4 AR4 et PIOMAS septembre volume moyen de glace arctique. 

(2) GEOPHYSICAL RESEARCH LETTERS

- Johnson, M., et al. (2012), Evaluation of Arctic sea ice thickness simulated by Arctic Ocean Model Intercomparison Project models, J. Geophys. Res., 117, C00D13. - Kay, J. E., M. M. Holland, and A. Jahn (2011), Inter-annual to multi-decadal Arctic sea ice extent trends in a warming world, Geophys. Res. Lett, 38.

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