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Climat de février : le mois des extrêmes

Par Regis CREPET, météorologue

Chaque début de mois, La Chaîne Météo vous présente les principales caractéristiques climatiques qui règnent à cette époque de l'année en France métropolitaine. Le mois de février est statistiquement le 2ème ou 3ème mois le plus froid en France en fonction des régions, très proche de décembre, parfois marqué par des vagues de froid sévères dont la plus intense est celle de 1956. Il est aussi le mois le plus venté avec le plus grand nombre de tempêtes sur l’année. Voici ce que peut vous réserver le mois de février en France.

Le mois de février est un mois hivernal, mais l’augmentation de la durée du jour permet le début de la remontée des températures avec, parfois, quelques avant-goûts printaniers. Entre le début et la fin du mois, nous gagnons à la fois quasiment 1h30 de jour et près de 3°C de température. Mais avec l’inertie de l’atmosphère, l’hémisphère nord reste très froid. Février est donc un mois d’extrêmes de températures, où l’on peut connaître les dernières grandes vagues de froid de l’hiver et les premières bouffées de douceur du printemps naissant. Ces conflits de masses d’air entraînent une circulation atmosphérique souvent dynamique, faisant de ce mois le plus venté de l’année, bien que les plus grandes tempêtes historiques ne s’y soient pas produites.

Températures en février: entre vagues de froid et air de printemps

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Crédit : La Chaîne Météo

Le froid reste un marqueur des mois de février. A cette époque de l'année, des vagues de froid très intenses, qui n'ont rien à envier à celles de janvier, peuvent se produire. Ce fut le cas en février 1929 et 1956, qui restent dans les annales de la météo comme certaines des plus rudes vagues de froid du 20ème siècle. Mais à partir de la mi-février, la hausse des températures commence à s’accélérer, et la fin du mois rejoint des moyennes de température équivalentes à celle d'un 20 novembre sur les régions de la moitié nord. En revanche, le centre-est de l’hexagone, au climat continental, reste plus durablement dans le froid. C'est pour cette raison que février est le mois le plus froid de l’année sur des régions comme le lyonnais.

Ainsi, la France peut donc passer de températures sibériennes en première quinzaine du mois, à un avant-goût de printemps pour la deuxième quinzaine, bien que des vagues de froid tardives puissent aussi s’y produire, comme en 2005 et 2018.

Une tendance au réchauffement moins marqué qu'en janvier

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A l'échelle du siècle, les températures moyennes des mois de février adoptent la tendance globale au réchauffement en France métropolitaine, mais cette hausse est moins marquée que pour janvier par exemple. Si les mois de février les plus froids ont été observés majoritairement jusque dans les années 1960, avec en particulier 1942, 1956 et 1963, d'autres mois de février froids se sont produits en 1986 (le dernier mois de février le plus froid), 1991, 2005 et 2012. Plus près de nous, février 2018 fut également froid et neigeux, marqué par une vague de froid tardive. Concernant la douceur, les mois de février notables sont ceux des années 1966, 1990 et plus près de nous, 2019. 

Ensoleillement : un ressenti plus lumineux

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Crédit : La Chaîne Météo

Le mois de février présente le traditionnel dégradé nuageux nord-sud, avec un ensoleillement minimum pour les Hauts de France et maximum pour la région PACA. Entre le nord de la Loire et le pourtour de la Méditerranée, la durée d'ensoleillement varie du simple à plus du double. Les nuages bas et brumeux qui engrisaillent souvent les mois de décembre et de janvier sont moins nombreux, brassés par davantage de vent. L’allongement de la durée du jour favorise un ressenti plus lumineux.

Précipitations : un mois assez sec

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Crédit : La Chaîne Météo

Les mois d’hiver ne sont pas tous les plus arrosés en France métropolitaine. En raison du climat continental, les régions de l’est de la France connaissent de faibles précipitations, alors qu’elles sont plus abondantes sur les littoraux de l’ouest. La Méditerranée n’est plus sous l’influence des épisodes pluvieux qui culminent en automne, avec une pluviométrie assez faible. Certains mois de février sont même très secs au sud-est de la France. Ainsi, le cumul moyen mensuel oscille de 21,8 mm à Clermont-Ferrand, ville la plus sèche de l'hexagone en février, à 34,5 mm à Strasbourg, et à 111 mm à Brest et à Biarritz, sous l'influence des perturbations océaniques. La neige en montagne est généralement à son maximum d’épaisseur, favorisant statistiquement les vacances scolaires d’hiver.

Les extrêmes relevés en février depuis 1900

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Crédit : La Chaîne Météo

On note une amplitude très marquée entre les records de froid et les pics de douceur en février. La valeur la plus basse jamais relevée en février est de -35°C à Gelles dans le Puy-de-Dôme, le 14 février 1929, et la plus élevée est de 31,2°C à Saint-Girons (Ariège) le 29 février 1960. Les records de froid sont très bas, avec par exemple -29°C à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) le 14 février 1929, et -21,9°C à Agen (15 février 1956). Quant à la douceur, elle est parfois notable et procure des ambiances quasi printanières, comme en février 2019 où de nombreux records ont été battus, avec 25°C à Auch (Gers) et Carcassonne (Aude), 22°C à Troyes (Aube) et 20,5°C à Paris. Les températures les plus élevées sont de 26°C à Clermont-Ferrand et de 29,2°C à Tarbes (Hautes-Pyrénées) en 1960. Ces valeurs record s’observent lorsque souffle le foehn, ce vent qui descend des montagnes Pyrénéennes et du Massif central, provoquant l’échauffement de l’air par effet de compression.

Valeurs extrêmes principales relevées en février 

            Min                                                                       Max

-35°C, 14 fév 1929 à Gelles (63)                             31,2°C, 29 fev 1960 à St-Girons (09)

-29°C, 14 fév 1929 à Clermont-Fd (63)                   29,2°C, 29 fev 1960 à Tarbes (65)

-24,8°C, 21 fév 1956 à Nancy (54)                          28,9°C, 28 fev 1960 à Biarritz (64)

-22,5°C, 14 fév 1929 à Lyon (69)                            27,8°C, 28 fev 1960 à Pau (64)

-21,9°C, 15 fév 1956 à Agen (47)                           25,9°C, 28 fev 1960 à Clermont-Fd (63) 

Des vagues de froid historiques

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Crédit : CPA
                                     En février 1956, 80 cm de neige sont tombés à Bordeaux (33)

Les mois de février ont été parfois marqués par des vagues de froid intenses et historiques. Celles de 1929 et de 1956 ont été les plus rigoureuses, mais celles de février 1954 et 1986 figurent aussi parmi les grandes vagues de froid survenues en France. Celle de 1956 est considérée comme la vague de froid la plus intense depuis 1900. Elle persista pendant 3 semaines, avec des températures comprises entre -10°C et -20°C. On a relevé par exemple -15°C à Paris et Bordeaux, -17°C à Beauvais et Marseille, -20°C à Aix en Provence et -25°C à Nancy. De fortes chutes de neige ont concerné l’ouest et le sud-ouest du pays avec jusqu’à 80 cm de neige à Bordeaux. Les franges littorales ont été prises par la banquise tandis qu’on traversait de nombreux fleuves et rivières sur la glace.

A ce jour, le début de ce 21ème siècle n’a subi que deux vagues de froid d’intensité modérée en février : celle de 2012 reste la plus forte, avec des températures entre -10°C et -16°C et de la neige sur le littoral méditerranéen. La vague de froid de fin février 2018 fut moins intense, mais tardive avec des températures de -10°C à Paris et de -14°C à Clermont-Ferrand. La neige est tombée également en abondance sur le littoral languedocien.

Principales vagues de froid qui se sont produites en février, dont certaines parmi les plus rudes du 20ème siècle:

1929 : il s'agit du mois le plus froid depuis celui de 1895. La France subit deux vagues de froid à la suite avec des températures s’abaissant à -30°C dans le Puy de Dôme. Les fleuves sont gelés : on patine sur le Rhône à Lyon.

1942 : il s’agit de l’un des mois de février les plus rigoureux du siècle, avec du froid persistant tout le mois. Il gèle tous les jours avec des minimales entre -12°C et -15°C.

1947 : ce mois s’inscrit au sein d’un hiver long et rigoureux. Deux tempêtes de neige se produisent en début et fin de mois avec près de 20 cm en région parisienne.

1954 : l’hiver est rigoureux, resté célèbre par l’appel de l’Abbé Pierre en faveur des sans-abris. Une vague de froid s’abat sur la France en 1ère décade de février avec jusqu’au -21°C à Luxueux (Haute-Saône) et -16°C à Reims. Avec le vent, le ressenti est insupportable. Une tempête de neige exceptionnelle engendre 85 cm de neige à Perpignan et 60 cm au Luc-en-Provence.  Le port de Dunkerque est pris par les glaces.

1956 : c’est le mois de février le plus froid depuis le début du 20ème siècle, avec la pire vague de froid survenue en France depuis 1879. Le déficit thermique atteint -9°C pour ce mois sur l’hexagone. Cette vague de froid dure tout le mois : aucune région n’échappe au gel. Tous les cours d’eau et certains bords de mer sont gelés. Les températures descendent à -17°C à Marseille et Paris, -19°C à Toulouse, -20°C à Aix-en-Provence et -25°C à Nancy. Le 21 février, une tempête de neige paralyse l’Aquitaine avec 80 cm de neige à Bordeaux et Arcachon, et 70 cm de neige à St Tropez.

1963 : ce mois s’inscrit dans le contexte de l’hiver le plus long du siècle. Toute la France est enneigée. Le sol gèle sur 60 cm de profondeur. La banquise se forme vers Dunkerque.

1986 : une vague de froid intense se produit du 5 au 28 février avec de fréquentes chutes de neige (30 cm en Bretagne). Il fait souvent de -10°C à -15°C avec -25°C en Alsace. Il neige sur la Côte d’Azur et la Corse avec -6°C à Nice et -8°C à Ajaccio. Ce mois de février est le plus rigoureux après celui de 1956.

2012 : la dernière grande vague de froid majeure de février survient cette année-là. Il s’agit d’un froid majoritairement sec marqué par un flux d’est, le « Moscou-Paris », qui persiste jusqu’au 13. L’anomalie de température en France est de -4°C, faisant de ce mois le plus froid depuis celui de 1986. Aucune région n’échappe au gel. Les températures s’abaissent à -25°C dans le Doubs, -15°C à -19°C en région parisienne et -17°C à Clermont-Ferrand par exemple. De nombreux fleuves charrient des glaçons (Loire, Rhône, Garonne) et sont partiellement gelés.

2018 : ce mois est -2°C sous les moyennes, marqué par plusieurs épisodes de neige majeurs en plaine. Les 6 et 7, la neige paralyse le Centre, notamment le secteur de Dreux, et l’Ile-de-France, où des centaines d’automobilistes sont pris au piège de la RN 118. On relève de 20 à 30 cm en Eure-et-Loir, 10 à 15 cm en Ile-de-France. Les températures plongent de -6°C à -14°C sur ces régions. A la fin du mois, une vague de froid tardive, courte mais intense, se produit avec -10°C à Paris, -13°C à Clermont-Ferrand et -14°C à Fontainebleau (77).

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      La vague de froid de février 1956 a été la plus intense connue en France depuis 1900.

Un mois de tempêtes

Le mois de février est le mois le plus venté de l’année. Les tempêtes hivernales frappent la France surtout en janvier et février. Depuis 1980, sur 30 tempêtes hivernales majeures, environ un tiers s’est produit en février, touchant au moins 20% du territoire. Elles ont été parfois d’une grande violence même s'il n'y a pas eu de records. La tempête Xynthia des 27 et 28 février reste l’une des plus grandes catastrophes naturelles en France de la décennie en raison de la submersion marine qu’elle a provoqué au moment d’une grande marée, provoquant la mort de 59 personnes. La tempête du 22 février 1935 reste à ce jour l’une des plus violente avec des rafales supérieures à 200 km/h sur les régions centrales de la France. La tempête du 1er février 1953 a également été très puissante sur le nord-est de la France avec des rafales a 162 km/h à Reims. Cette tempête fut responsable d’une catastrophe sans précédent aux Pays-Bas, où les digues protégeant les polders ont cédé sous les assauts de la mer, avec un bilan très lourd de plus de 1800 victimes.

Principales tempêtes qui se sont produites en février, dont certaines ont été exceptionnelles 

27 février 1935 : il s’agit possiblement de la tempête la plus intense traversant la France en février, avec des rafales estimées à plus de 200 km/h sur la côte charentaise. Les dégâts sont énormes.

1er février 1953 : en marge d’une puissante tempête ravageant le Bénélux, des rafales atteignent 162 km/h à Reims.

14 février 1957 : une tempête majeure, aussi forte que Xynthia, mais sans les mêmes conséquences, balaie un axe allant du sud-ouest au nord-est avec jusqu’à 162 km/h à Vichy (Allier) et 158 km/h à Romilly, dans l’Aube.

13 février 1972 : une tempête majeure concerne une moitié ouest et sud-ouest de la France avec des rafales exceptionnelles, jusqu’à 173 km/h à Quimper (Finistère).

début février 1984 : après un mois de janvier déjà tempétueux, deux nouvelles tempêtes exceptionnelles balaient la France, concernant aussi bien la moitié nord que la Méditerranée, avec jusqu’à 198 km/h au cap Pertusato en Corse. Ces tempêtes occasionnent d’importants dégâts et des pertes humaines.

3 février 1990 : une tempête exceptionnelle baptisée « Herta » balaie les trois quarts nord de la France, avec jusqu’à 162 km/h à Belle-Ile et à Langres (Haute-Marne).

26 et 28 février 1990 : dans un contexte très perturbé, deux autres puissantes tempêtes balaient les deux tiers nord de l’hexagone avec des rafales à 212 km/h en Corse.

7 février 1996 : une très fortes tempête concerne l’ouest de la France avec des rafales jusqu’à 160 km/h et 209 km/h au Mont Aigoual.

La décennie 2000 à 2010 voit une diminution du nombre de tempêtes majeures.

Février 2002, une tempête méditerranéenne souffle jusqu’à 173 km/h.

9 février 2009 : deux semaines après la tempête Klaus au sud-ouest, une nouvelle violente tempête balaie un axe allant du Poitou-Charentes au sud de l’Alsace. Le long de cet axe, des valeurs approchent celles relevées lors des tempêtes de décembre 1999 avec 166 km/h dans les Vosges.

27 et 28 février 2010 : la tempête Xynthia remonte du sud-ouest au nord-est. Les rafales de vent atteignent localement 160 km/h sur le littoral charentais et 238 km/h au pic du Midi (Hautes-Pyrénées). La conjonction de cette tempête avec la pleine mer de vive-eau (coefficient 102) provoque une submersion littorale dévastatrice en Charente-Maritime et Vendée. Le bilan humain est très lourd avec 59 victimes.

 

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