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Climat : les ouragans sont-ils plus nombreux à cause du réchauffement ?

Par Karine DURAND, rédactrice

Avec le passage dévastateur de l’ouragan Irma et de Maria qui balaie actuellement les Antilles, la question de l’influence du climat sur les phénomènes cycloniques revient dans l’actualité.

Rappelons que la quasi-totalité des ouragans dans l’Atlantique se produit dans la moitié nord de l’équateur, et s’étend principalement du large du Cap Vert (à l’ouest du Sénégal) jusqu’au Golfe du Mexique, en passant par les Antilles. 11 phénomènes cycloniques s’y produisent en moyenne chaque année. Or, depuis une décennie, le nombre d’ouragans est anormalement faible (environ 5 à 6). La dernière période très agitée dans l’Atlantique est la décennie 1990 : une année record en 2005 avec 28 phénomènes, devant les années 1933 et 1995 avec 21 et 19 phénomènes.

On note que pendant les périodes de calme en Atlantique, le nombre d’ouragans explose dans l’océan Pacifique (appelés là-bas cyclones et typhons), bien que parfois, les deux océans soient mouvementés en même temps. D’autre part, l’océan Pacifique se subdivise en plusieurs « bassins » cycloniques (Pacifique Nord, Pacifique Sud et Est, sans compter l’océan Indien), ce qui complique les statistiques. Mais ce phénomène de « vases communicants » s’est bien vérifié en cette décennie, avec un nombre important de typhons dans le sud-est asiatique (des Philippines au Japon) pendant le calme en Atlantique.

 

Les ingrédients : une mer chaude et des  courants atmosphériques

Les conditions favorables à la formation des phénomènes cycloniques sont partout les mêmes : il faut une mer chaude (au moins 27°C sur 50 m de profondeur) : cela donne le carburant (chaleur et vapeur d’eau) pour former et entretenir l’ouragan. Il faut également que les vents environnants soient très faibles pour que l’ouragan puisse évoluer sans obstacle, aussi bien au niveau de la mer qu’en haute altitude, au risque de le faire décliner. Mais d’autres paramètres fondamentaux entrent en jeu : les cycles de températures en surface (la zone équatoriale subit des variations décennales) et les flux en altitude (les vents d’est apportent du sable du Sahara au-dessus de l’Atlantique, ce qui inhibe leur formation). Enfin, les cycles El Nino / La Nina dans le Pacifique influent aussi le comportement des ouragans dans l’Atlantique car ils interfèrent avec les grands vents qui soufflent dans la stratosphère. On sait que les années « El Nino » freinent la formation des ouragans dans l’Atlantique (ce qui était le cas ces dernières années) tandis que les années « La Nina » favorisent leur formation (comme cette année, à l’instar de 1995 et 2005).

 

Le rôle du réchauffement climatique

Avec le réchauffement climatique planétaire contemporain, on pourrait penser que les conditions météorologiques sont propices à un développement exponentiel des ouragans, dans un environnement plus chaud : mais ce n’est pas le cas. Les études et observations montrent, d’une part qu’il y a eu des ouragans aussi violents et aussi nombreux, par cycles, bien avant le début des relevés satellitaires (on retrouve des témoignages, descriptions et peintures du 18 et 19ème siècle pour les Antilles par exemple). On note aussi, depuis les relevés modernes, que le nombre moyen d’ouragans et d’ouragans « majeurs » (dont l’intensité est d’au moins la catégorie 3 sur les 5 que compte l’échelle internationale de Saffir-Simpson) est stable, avec une légère tendance à la baisse depuis une décennie. La relation de cause à effet n’est donc pas automatique. En revanche, les modèles informatiques simulant le climat font état d'un renforcement de l'intensité des cyclones (vents et pluies) mais d'une possible baisse de leur fréquence au niveau du globe à l'avenir.  « Des cyclones d'une intensité plus grande seraient l'une des conséquences attendues du changement climatique », explique Valérie Masson-Delmotte, membre du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat).

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Crédit : La Chaîne Météo

Les ouragans sont nécessaires pour réguler le climat

Face à de telles catastrophes, l’Homme est vulnérable. Et pourtant, ces phénomènes météorologiques naturels ont leur utilité dans la grande machine climatique terrestre : les ouragans servent de véritable soupape de sécurité en évacuant l’excédent de chaleur accumulé dans la zone intertropicale dans la haute atmosphère puis vers les régions polaires. Ils rafraîchissent l’eau de mer (qui perd 1° à 3°C après le passage d’un ouragan) et réchauffent, par la même occasion, les hautes latitudes, lorsqu’ils vont se perdre au niveau des climats tempérés. Ainsi, les gigantesques nuages d’un ouragan, formés d’air humide et chaud en surface, se refroidissent jusqu’à -80°C lorsqu’ils s’élèvent à 20 000 mètres d’altitude, tel un véritable système de climatisation planétaire naturel.

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