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Comment les météorologues travaillaient en 1944 ?

Par Regis CREPET, météorologue

Dans le cadre des commémorations du Débarquement en Normandie, La Chaine Météo consacre une série de sujets sur les aspects et le rôle de la météo à l'époque. L'occasion de revenir sur la manière dont étaient élaborées les prévisions météo dans les années 1940. Comment travaillaient les météorologues en 1944 ? Réponse de La Chaîne Météo.

Crédit : La Chaîne Météo

Sur notre page Facebook, nombreux sont nos internautes à nous poser des questions sur les outils utilisés par les experts de la météo. La météorologie moderne, basée sur l'informatique et la modélisation, trouve son essor au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dès les années 1945. Mais auparavant, de grands progrès ont déjà été réalisés lors de chaque conflit : à ce sujet, la guerre de Crimée (1853/1856) est certainement l'évènement déclencheur de l'avènement de la météorologie militaire.

Une météorologie militaire

Ce sont les grands conflits qui propulsent la météorologie sur le devant de la scène, devenant alors un outil stratégique à part entière. En 1854, lors de la guerre de Crimée, une violente tempête coule 38 navires en mer Noire, occasionnant la perte de plus de 400 marins. Suite à cette tragédie, l'astronome et Directeur de l'Observatoire de Paris Urbain Le Verier est chargé par Napoléon III de créer un réseau d'observation européen afin de prévoir ces tempêtes : ainsi est véritablement née la météorologie moderne. A partir de 1920, la météo militaire et aéronautique est placée sous l'égide de l'Office National Météorologique.

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Crédit : La Chaîne Météo

Cette météorologie militaire a pour rôle d'anticiper ces tempêtes grace au réseau d'observations : ainsi naquirent les premières prévisions à 48h grace à l'élaboration des cartes isobariques. L'instrument indispensable est alors le baromètre, qui permet de tracer les lignes d'égale pression, et d'identifier les dépressions et les anticyclones. Dans les années 1920, un physicien norvégien (Vilhelm Bjerknes) met en évidence les masses d'air et les fronts, suivi en 1938 par Karl Gustav Rossby qui détermine le sens de déplacement des perturbations.

Ces notions serviront à établir les cartes isobariques à partir des données du réseau d'observations, et à anticiper les conditions météo lors d'opérations stratégiques tel que le Débarquement de 1944 en Normandie.

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Des instruments de mesure développés pendant la Guerre

A partir de 1941, en plein milieu de la Seconde Guerre Mondiale, les différentes parties prenantes prennent alors conscience de l'enjeu de la météorologie : s'ensuit une "guerre météorologique" hautement stratégique. Les navires sont équipés de stations météo, les pilotes communiquent (en langage crypté) leurs observations, tandis que les radiosondages, effectués avec des ballons sondes dès les années 1930, connaissent un essor remarquable pour obtenir des données en altitude qui faisaient cruellement défaut jusqu'alors (vent, notamment). Après 1941, les radars permettent aussi de détecter les précipitations. La prévision est donc améliorée, chacun gardant secret ses techniques et résultats. Enfin, à partir de 1939, les premiers "ordinateurs" apparaissent afin de multiplier les bases de données et de créer des équations de mécanique des fluides, qui régissent l'atmosphère.

Une météo publique après la Guerre

A l'issue de la Guerre, en 1945, la Météorologie Nationale succède à l'ONM : les premiers bureaux voient le jour à Paris, quai Branly et avenue Rapp (entre 1948 et 1950), sous l'égide du Ministère de la Reconstruction. La météo devient donc publique, avec son apparition dans les médias : presse et RTF (Radio Télédiffusion de France). Ainsi, le premier bulletin télévisé apparait en France en décembre 1946, alors que ce concept existait déjà depuis 1940 aux Etats-Unis.

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