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Crues : les lacs de Seine vont-ils sauver Paris ?

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Ragir
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Fluctuat Nec Mergitur : telle est la devise de la ville de Paris ( elle flotte mais ne coule pas ). Plus que jamais d’actualit, cette maxime rappelle que la capitale, tant situe en aval de la confluence de la Marne, du Grand Morin, du petit Morin et de l’Yonne avec la Seine, reste sous la menace ventuelle d’une crue majeure du fleuve. A cet gard, la crue historique de 1910 reste la rfrence majeure de notre poque contemporaine ; plus prs de nous, la crue de 2001 avait t remarquable. Depuis, le fleuve est rest plutt sage malgr quelques priodes de hautes eaux habituelles en hiver.


Mais les crues de la semaine dernire ont prouv que de fortes prcipitations pouvaient entraner des dbordements majeurs au printemps sur les affluents de la Seine, capables de faire ragir le fleuve jusqu’ la capitale. Si l’onde de crue s’est amortie en arrivant Paris, l’inquitude est de mise au vu des intempries attendues cette semaine. De nouvelles fortes pluies risquent de faire dborder les affluents de la Seine, pouvant conduire une situation potentiellement aussi critique voire plus que la semaine dernire, en raison des sols qui sont saturs et des lacs de rtention pleins ras bord. Dsormais, ces lacs-rservoirs, censs protger Paris des crues, ne retiennent plus l'eau de la Seine et de ses affluents. Une situation exceptionnelle.



Les grands lacs vont-ils submerger la capitale ?



Depuis les annes 1960, une politique de grands travaux a conduit la cration de grands lacs de rtention des eaux des affluents de la Seine descendant des plateaux du Morvan, en amont de Paris : l’objectif tant de contenir les eaux lors d’pisodes pluvieux importants afin d’viter (ou de retarder) les crues vers Paris, et l’inverse de maintenir un niveau d’eau suffisamment lev pendant l’tiage estival (priode de basses eaux), notamment pour la navigation fluviale. Ces lacs ont un rle majeur dans l’irrigation de la Champagne sche et constituent aussi un attrait touristique indniable en raison de leur immensit (plages, navigation). Ces lacs-rservoirs sont capables d’abaisser le niveau de la Seine Paris de 50 70 cm en cas de crue.
Les plus connus et les plus grands sont ceux du Der-Chantecoq (lac-rservoir mise en service en 1974 et situ aux confins de la Marne et de la Haute-Marne) et de la fort d’Orient (Aube). Celui du Der, rgulateur de la Marne, est le plus grand lac artificiel de France et mme d’Europe (hors lacs de barrages hydrolectriques) avec une superficie de 4800 Ha, retenant 350 millions de m3 d’eau (et jusqu’ 364,5 millions de m3 en capacit maximale). Aprs l’pisode pluvieux de la fin avril – dbut mai, le lac du Der est actuellement plein ras-bord ( 93%), dbordant mme lgrement sur les quais des ports de plaisance et dans certains herbages limitrophes (ce qui constitue en quelque sorte une soupape de scurit la monte des eaux) . La capacit maximale n’est pas encore atteinte mais la marge est faible : elle sera utilise dans ces prochains jours, mais ds lors, la Marne ne pourra plus tre rgule. Selon des sources locales, cette situation ne ncessite pas des lchers d’eau, mais dsormais le lac est en " circuit ferm " : il n'y a plus d'entre d'eau dans le le lac et l'eau de la Marne coule dans son lit naturel sans passer par le lac, ce qui ne rgule plus son dbit et ce qui contribue d’ailleurs au maintien d’un niveau lev de la Marne.
Mme situation sur le lac de la fort d’Orient (rtention de la Seine amont), dont le remplissage est proche du niveau maximal dj atteint l’anne dernire la mme poque (avec un mois de mai qui avait t galement trs pluvieux, avec des valeurs proches de ce que l’on vient de connatre, entre 100 mm et 130 mm sur le Morvan en mai 2012). On s’approche du seuil des 200 millions de m3 d’eau mais il y a encore une marge avant le pic de mai dernier. Cependant, l aussi, on s’attend dpasser " l’objectif de gestion " dans les prochains jours. Ces hauts niveaux expliquent pourquoi la Seine champenoise reste en crue durable, conjugus la remonte des nappes phratiques l’affleurement (c’est dire au niveau du sol).
Les volumes du lac de Pannecire dpassent cette fois-ci largement le seuil de l’anne dernire, tandis que ceux du Temple et d’Amance (sur l’Aube) s’apprtent dpasser les 180 millions de m3, soit plus que l’anne dernire.

On constate que l’pisode pluvieux remarquable de la semaine dernire a conduit une saturation de ces grands lacs dont les niveaux taient dj trs levs depuis les pluies et fonte des neiges du mois de mars.



Quelle raction redouter cette semaine ?




De tels niveaux atteints en mai ne sont donc pas rares. Rappelons que le mois de mai est le mois le plus pluvieux de l’anne sur le bassin parisien et le Morvan, o la Seine et ses principaux affluents prennent leur source. Mais ces hauts niveaux, alors que nous ne sommes qu’ la mi-mai, interviennent dans un contexte mtorologique qui ne s’amliore pas puisque l’on attend un nouvel pisode trs pluvieux sur ces mmes rgions ds ce mercredi et qui pourrait persister jusqu’ dimanche. A ce jour, les cumuls envisags pourraient tre lgrement infrieurs ceux de la premire semaine de mai ou peu prs similaires : rappelons encore qu'il tait tomb l’quivalent de 3 semaines de pluie en une semaine sur le Morvan et le plateau de Langres. On craint un scnario peu prs identique cette fois-ci.


Les deux principales inconnues sont : la capacit des sols saturs absorber un minimum d’eau (aide en cette saison par le phnomne d’vapotranspiration), et la capacit des grands lacs – rservoirs retenir une partie de cet apport supplmentaire. Les modles numriques utiliss jusqu’ prsent n’ont pas encore t confront une telle situation.


Le spectre de 1910 ?


La crue centennale de la Seine en janvier 1910 a marqu durablement les esprits. Elle signifie plus particulirement que sa priode de retour statistique est d'une fois tous les 100 ans ou bien une probabilit d’apparition sur une anne de 1%. D’ailleurs, il n’y a mme pas 2 chances sur 3 d’observer une crue centennale tous les 100 ans. De mme, sa survenue une anne n’exclut pas sa rptition l’anne suivante car les pisodes pluvieux n’ont pas de rgularit sur une chelle d’un sicle).
La crue de la Seine Paris en 1910 tait lie la conjonction de 3 phnomnes : de trs fortes pluies (avec des cumuls 3 fois plus importants que ceux attendus sur ce mois de mai) intervenants sur des sols gels, avec une fonte de la neige et des crues majeures des affluents de la Seine, notamment l’Yonne, le Loing et le Grand Morin. Ces trois pics de crue ont converg en mme temps vers l’aval pour aboutir concomitamment dans la capitale.

A cette poque, il n’y avait aucune infrastructure de rtention des eaux : la crue fut donc brutale. A l’heure actuelle, le rle des grands lacs de rtention est de limiter l’impact d’une crue arrivant sur la capitale en crtant l’onde de crue (en l’talant dans le temps). Mais en cas de trop-plein de ces lacs, que se passerait-il ? On peut logiquement imaginer qu’une crue majeure ne serait pas vitable, mais serait retarde, permettant de prendre toutes les mesures de prcaution et d’vacuation ventuelle dans les zones urbanises.


Mais au final, en cas de crue centennale, le scnario serait catastrophique : de rcentes tudes indiquent que Paris serait plus vulnrable une crue de type 1910 en raison de l’extension de l’urbanisation ; 4 5 millions d’habitants seraient impacts dont plus d’un million privs d’lectricit et d’eau potable pendant plusieurs semaines. Un retour la normale prendrait plus d’un mois et demi, et tout cela pourrait coter entre 20 et 40 milliards d’euros.

En conclusion, insistons sur le fait que les conditions ne sont pas du tout les mmes que celles qui ont aboutit la crue de 1910, qui est une crue de type hivernal ; cette fois-ci, nous sommes sous la menace de crues printanires, plus amorties par l’vapotranspiration mais qui interviennent dans un contexte de saturation des sols et de remplissage quasi maximal des lacs de rtention. En fonction de l’volution des prcipitations de la semaine venir, la situation peut devenir proccupante, voire critique ; ainsi, en Europe centrale, des crues historiques s’taient produites sur le Danube, l’Oder et l’Elbe lors de l’t 2002 suite de trs fortes pluies sur l’Autriche et l’Allemagne, submergeant par exemple les villes de Dresde et de Prague. Le 24 mai 2010, la Pologne tait en proie des crues historiques (l’Oder et la Vistule), faisant 15 morts et entranant des milliers d’vacuation.


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    Lucas_soulet 14/05/2013
    si les bassins sont pleins, je ne vois pas comment une nouvelle crue pourrait tre retarde !itou sur le Morvan o seul l'Yonne et 2 de ses affluents prennent leur source. Aube, Marne et Seine ont leur source sur le plateau de Langres.Je doute qu'une crue type 1910 se produise avec les pluies des prochains jours. par contre, si le temps humide persiste cette anne, mfiance pour l'hiver prochain. Si je ne me trompe, l'anne 2009 avait t particulirement arrose avec une succession de crues en automne et la grosse crue en janvier 2010.
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    Chips493 13/05/2013
    Un article d'une qualit rare, riche et complet.
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    Kididouce 13/05/2013
    Il me semble impropre que vous parliez du Morvan qui se situe plus l'ouest que la zone que vous dcrivez,vous semblez confondre avec le Plateau de Langres o la Seine prend sa source, les lacs dont vous parlez sont au nord de ce plateau. Par consquent, lorsque vous parlez dans les prvisions de fortes pluis attendues sur le Morvan, s'agit-il alors rellement du Morvan ou plutt du plateau de Langres et en particulier du Chtillonnais (Chtillon sur Seine)? merci de votre rponse
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    Allmen67 13/05/2013
    L'Yonne prend sa source dans le Morvan.
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    Lebogoss 13/05/2013
    Sans vouloir jouer le mtorologue , ces deux zones sont concernes par les fortes pluies . Donc...
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    Nalsa 12/05/2013
    Il n'est en effet plus trs raisonnable de comparer la crue historique de 1910 avec la situation moderne. Il y a des lacs artificiels en plus soit, mais en 1910 l'urbanisation tait bien moins dense et plus raisonnable, les zones inondables taient encore estimes comme tel (et d'ailleurs les dbordements sur champs encore trs parcellaires et bocagers taient perus de faon bnfique pour le limon fertilisant malgr les pertes invitables sur le moment). Maintenant lire et entendre les mdias, la catastrophe se rsume des routes coupes et des champs inonds avec force demande subsquente de subventions dj en cours, on ne parle que modrment du rsultat d'un urbanisme parfois trs arbitraire, ceux qui ont le pavillon moderne sous l'eau auraient d se renseigner sur le pass de la zone et les anciens qui ont les pieds dans l'eau en affirmant ne jamais avoir vu a ne comprennent pas de suite que toute cette eau doit bien se rpandre quelque part quand plus en amont des couillons ont altr les rivires en btonnant les rives ou asschant de vastes zones pour les cultiver. Il me semble aux dernires nouvelles que les lacs sont archipleins, on peut donc commencer en tirer des conclusions...
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    Lebogoss 12/05/2013
    C'est bien beau d'avoir des lacs rservoirs , mais lorsqu'ils sont pleins , ils ne servent plus rien . En plus lorsqu'ils sont pleins et qu'ils dbordent il y a un risque ce que les digues si fissurent et l cela devient un inconvnient et non un avantage .
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